Wednesday, 14 July 2021

Sur la nécessité de l'esprit transdisciplinaire dans le monde

La "transdisciplinarité" essaie de se frayer un chemin dans notre société dite moderne. 

C'est une posture intellectuelle qui consiste à considérer le flot d'informations traversant "par et au-delà" les domaines de connaissances formant un ensemble complexe. La définition sera détaillée plus loin. 


Pythagore
Pythagore


Du temps de la Grèce antique

Nombre de savants dans la Grèce antique pensaient déjà de manière transdisciplinaire, c'est-à-dire qu'ils ne séparaient pas les domaines de pensée comme on découperait une âme en plusieurs parties distinctes. Ils n'avaient pas pour objectif de se spécialiser dans une seule matière et de négliger le reste de l'ensemble de la réalité dynamique des connaissances. 

Ces chercheurs alimentaient des questionnements autour des mystères de l'existence, de la nature et de l'origine des choses, à savoir le cosmos, la matière, les forces physiques ou motrices, les proportions, la conscience, l'âme, l'invisible. Cette propension spirituelle aidait certainement ces chercheurs à être sur des plans de perception plus élevés, pour ainsi dire. 

Il est intéressant, par ailleurs, de savoir que le mot cosmos vient du grec ancien κόσμος, kósmos, signifiant "monde, ordre, bon ordre". 

L'ordre du cosmos a toujours animé des débats, des réflexions personnelles, une contemplation qui ne se fatigue jamais, un sentiment intime pour le Beau et le Vrai. Platon est souvent cité à ce propos. 

Ces chercheurs ont manifestement éprouvé une curiosité insatiable, voués à une recherche personnelle et autonome qui s'aventure dans l'inconnu, marchant seuls dans l'obscurité, courageusement, sans savoir ce qu'ils allaient y trouver. L'intuition, l'observation et la propension à vouloir savoir de quoi la vie est faite, jusqu'à son univers tout entier, éveille le chercheur, l'inspire, le rend plus sensible au kósmos

Ces chercheurs de la Grèce antique pouvaient être aussi bien astronomes, que mathématiciens, géomètres, physiciens, philosophes, métaphysiciens, politologues, géographes, etc. Ce n'était pas un problème. Pour ne citer que quelques exemples, il y avait Pythagore, Thalès, Démocrite, Parménide, Héraclite, Hipparques. 


Aujourd'hui

De nos jours, cette qualité est qualifiée de transdisciplinaire. Elle a toujours existé et elle existera toujours. 

Dans la culture occidentale moderne, la transdisciplinarité est simplement plus discrète chez l'individu. L'esprit transdisciplinaire se cache le plus souvent derrière une étiquette où s'inscrit une spécialité diplômante qui donne du crédit et du sérieux à la personne pour sa compétence. Mais la spécialité n'oblige pas l'individu à penser à l'intérieur des frontières de sa discipline d'activité. 

La perception peut s'étendre de telle façon qu'on peut appréhender au moins quelques-uns des thèmes intriqués : économie, mathématiques, biologie, écologie, médecine, physique nucléaire, astrophysique, cosmologie, métaphysique, etc., avec une attitude transdisciplinaire. 

Je citerai quelques exemples de personnalités marquées par cette sensibilité, d'après ma culture et mon observation. En voici donc: Aurélien Barrau, Yuval Noah Harari, Basarab Nicolescu, Jean Staune, Edgar Morin, Trinh Xuan Thuan, Albert Jacquard. Il y a même Alexandre Astier, connu dans le monde du spectacle mais qui s'avère être polymathe et chercheur. 

Et beaucoup d'autres encore, connus ou anonymes. Peut-être votre voisin, votre cousine, vous-même. 


Qu'est-ce donc la transdisciplinarité ? 

Ce terme, introduit par Jean Piaget en 1970, signifie par étymologie "ce qui passe à travers et au-delà" (trans) des disciplines, ces dernières provenant du discipulus latin signifiant "élève, en qualité de personne consacrée à un apprentissage". 

La transdisciplinarité est généralement qualifiée de posture scientifique et intellectuelle ayant pour objectif la compréhension de la complexité du monde moderne et du présent. 

Nous pouvons considérer au moins six principes : 

1- Tout, absolument tout est relié, communiquant.

2- La Réalité n'est pas morcelée dans des zones isolées les unes des autres. 

3- Le système est complexe : les niveaux d'informations sont à la fois dynamiques, en mouvement permanent, et en interdépendance avec d'autres niveaux d'informations dynamiques.  

4- En conséquence du troisième point, le tout complexe est un système ouvert. 

5- Considérant les quatre principes précédents, l'humain est inclus dans l'ensemble interdépendant informationnel dynamique et ouvert. 

6- Le tout est traversé par un "flot" branché sur toutes les strates informationnelles. Ce "flot" est appelé "tiers-inclus" par Basarab Nicolescu, inspiré par les travaux de Stéphane Lupasco. 


A partir de ces principes, nous comprenons que connaître plus ou moins une sphère d'information puis une autre puis une autre, ça ne permet jamais d'arriver à la maîtrise d'une problématique complexe, d'où une bonne part d'ignorance dans les décisions que nous prenons, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie personnelle. N'oublions pas que les sphères d'informations sont dynamiques et non statiques, et qu'elles font partie du tout interdépendant. L'individu, aussi doué puisse-t-il être, ne peut pas connaître l'intégralité d'un problème complexe par le biais disciplinaire au sens restreint du terme, c'est-à-dire à l'intérieur d'une case. Il y a toujours des parties qu'on ignore, d'autant plus que l'information est dynamique et évolutive, je le répète. Si le plus performant des esprits ne peut maîtriser la compréhension d'un problème complexe global, le "tiers-inclus" traversant le tout serait cependant la clef d'une approche plus ancrée dans la Réalité (ou hyper-réalité). Il faut oublier les frontières. 

Une histoire de qualité de lien... L'inclusion dans le mouvement du "flot", en quelque sorte. 


Des décisions plus réalistes

De l'attitude transdisciplinaire émaneraient des décisions plus lucides car beaucoup moins dépendantes des enfermements idéiques, ces derniers étant souvent dus à des spécialisations à outrance dont les frontières ignorent plus ou moins le reste du champ dynamique des connaissances. 

Notre mode de pensée est généralement concentré sur une chose puis une autre pour prétendre à la compréhension d'un système. Nous sommes entraînés à avoir une pensée fragmentée. Même la conception de l'identité de la personne est biaisée, limitée, fragmentée. Son appréciation dépend d'une boîte ou d'une autre. C'est comme l'opinion, elle est trop facile. Elle est limitée par son adhésion à une représentation, personnelle ou collective. L'opinion ne relève donc pas d'une quête de compréhension. 

Nos jugeons souvent les situations de manière superficielle, biaisée, linéaire, rapportée à nos intérêts personnels bien plus qu'à la Réalité telle qu'elle est. Nous sommes entraînés à penser de manière fragmentée, à apprendre dans des boîtes, l'une après l'autre. C'est là un mode de pensée plus ou moins étroit, limité par un niveau de perception statique et localisé, alors que la transdisciplinarité est vue comme une perception étendue à la dynamique de ce qui est, autant que possible. 

Bien que nos points de vue ou biais de perception personnelle ne puissent se réduire à néant, ils seraient franchement atténués, au profit d'une plus grande appréciation de ce qui est

Avec telle approche, les décisions politiques, entrepreneuriales, le système éducatif, la gestion de la biosphère, seraient certainement différents. 

La transdisciplinarité est donc aujourd'hui de plus en plus reconnue et recherchée dans le monde car elle n'est que la traduction du reflet de la nature et du cosmos en soi : un système complexe, en mouvement et donc ouvert, avec un tiers-inclus informationnel communicatif.


La transdisciplinarité serait une chance d'évolution pour l'Homo sapiens. C'est pourquoi des conférences, groupes de réflexion, publications, expérimentations, se multiplient dans divers secteurs. 

Le progrès peut sembler lent, mais il est bien enclanché. Le système éducatif reconnaît la nécessité de la transdisciplinarité et essaie de mettre en place des activités "transversales" depuis quelques années. C'est le début du projet transdisciplinaire. 


Héritage de Basarab Nicolescu

Dès lors qu'on évoque ce sujet, ce n'est pas sans le nom de Basarab Nicolescu. C'est en tombant sur l'un de ses ouvrages par hasard chez un éditeur que j'ai fait des recherches à son sujet et que j'ai été initiée aux travaux sur la logique du tiers-inclus et la transdisciplinarité. Je me suis passionnée pour ce thème parce que j'avais les mêmes convictions, les mêmes sentiments. 

Basarab Nicolescu est précurseur de la communication de la Transdisciplinarité et du Tiers-Inclus, à la suite de Stéphane Lupasco

Physicien franco-roumain, fondateur du CIRET (International Center for Transdisciplinary Research)B. Nicolescu occupe une chaire à l'Académie des Sciences en Roumanie. Depuis plusieurs décennies, il oeuvre à l'introduction de l'approche transdisciplinaire dans le monde, notamment dans le milieu éducatif, universitaire. B. Nicolescu expose, à travers ses actions, cette posture intellectuelle selon laquelle on peut vraiment approcher un système complexe de niveaux intriqués d'informations, avec la logique du tiers-inclus. 


On peut trouver son manifeste de la Transdisciplinarité ici (éditions du Rocher, 1996) :

https://basarab-nicolescu.fr/BOOKS/TDRocher.pdf


"La transdisciplinarité est menacée de mort précoce :

devenir, elle aussi, une discipline." - Citation de Basarab Nicolescu





Représentation symbolique de la complexité connective
Lynn Curral



Les réfractaires "à la française" : l'adage qui convient à la situation habituelle




Propos ironique, vous l'aurez compris. 



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#réfractaires

#France 


Wednesday, 7 July 2021

The Surgeon of Crowthorne: A Tale of Murder, Madness and the Making of the Oxford English Dictionary, by Simon Winchester





This is a little commentary on the book

First I felt a bit lost because the author tended to go to Minor's story with details about that part of London where he lived and committed murder, then to the dictionary topic, with plenty of names that don't relate to anything the reader knows about, unless one is already a specialist in this matter. Then back to Minor, and back to the early stages of the dictionary. 

I finally was totally into it, with keen interest, as the story unveiled more clearly. 


Winchester told this story very eloquently. Piece of art. It's the story of a challenging undertaking that lasted 70 years ! And madness took part in the creation of the OED. 


I so much enjoyed this enthralling book that I purchased a second book by the same author : 

The Meaning of Everything (The Story of the Oxford English Dictionary). This one is much more detailed on the creation of the OED and the method, with additional photographs. 



On the movie based on this book

The Professor and the Madman (2019). 

Starring Mel Gibson as James Murray. 


I found it very touching and accurate on the overall, despite some romanticized parts. 

It's difficult to portray all details of the story of the monumental OED and the friendship between Murray and Minor within the length of a movie. But the making of the dictionary was well shown in it (pigeon-holes method, thousands of slips of paper to sort, etc). 

Traditions, intellectual communities, debates, friendships and the strange case of a crazy contributor to the dictionary have caught my deep interest. 

I think Minor's madness combined with genius was a strange and providential case to that Oxford Dictionary, letting his name forever engraved in it, considering his large and brilliant contribution. 

And that Murray of course, of a brilliant mind, is also unforgettable. 





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#Winchester

#SimonWinchester

#TheProfessorAndTheMadMan

Sunday, 2 May 2021

Les stations balnéaires de Bretagne - Attention aux mythes et légendes

Je viens d'entendre une connerie sur France 3 après les news régionales:

"À Carnac, station balnéaire depuis 10 000 ans".

Voilà pour la publicité. 

😂 Apparemment, certaines personnes se permettent tout, se disant que si la télé le dit... c'est que c'est vrai : les gens sont censés le croire.

A moins que leur blague soit à prendre au second degré. 

Nous étions censés rigoler. Ah ben oui ! 


Depuis quand les stations balnéaires existent? 

Les premières stations balnéaires ont été créées dans les années 1700 par les Anglais d'après l'encyclo. 


Alors les 10 000 ans (donc 8000 av JC)... Il suffit d'avoir lu un peu d'histoire du monde pour savoir qu'il y a 10 000 ans, c'était plutôt le début de la sédentarisation des peuplades d'Homo sapiens, qui étaient généralement nomades. Quoique ce n'était pas encore établi. D'après les trouvailles archéologiques, on compterait environ 2000 ans de plus avant de constater ce nouveau mode de vie. Le néolithique (âge de la pierre polie) se préparait. L'agriculture et l'élevage allait bientôt devenir un mode de vie pour garantir une plus grande sécurité à la famille et à la tribu. Les humains étaient bien loin de connaître les installations touristiques. 


Bref. Sachons aussi ne pas confondre le balnéaire avec le thermalisme. Ce dernier est bien plus ancien et il regroupe les activités liées à l'usage des eaux thermales. Les sources historiques remontent au VIe siècle av J-C en Grèce et Sicile.


Heureusement que la télé n'est pas une source de culture 😁  (surtout quand des agences publicitaires font de la pub). 


Ouvrir l'œil, toujours ouvrir l'œil.


Pour le petit rappel, une station balnéaire (du latin statio, de stare : « se tenir debout » et de balnearium, de balneum : « bain ») est un lieu de séjour situé en bord de mer ou tout autre endroit présentant des bains. Parfois une ville littorale est même créée à partir de l'attraction de la station balnéaire. 

Voici un article que j'ai trouvé sur l'historique des stations balnéaires bretonnes :


https://www.letelegramme.fr/_amp/867/12641867.php


Dinard (35), sur la côte d’Emeraude (Collection Alain et Claudine Lamour)

Source: https://www.letelegramme.fr/_amp/867/12641867.php


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Monday, 26 April 2021

Réfléchir avec Ivan Illich - La "société des plaies et des pansements" ou le pseudo-progrès


Bienvenue sur mon blog. 
Je partage aujourd'hui un coup de cœur pour Ivan Illich et son génie. 
Ce grand Homme mérite d'être connu du grand public et non pas seulement des sphères intellectuelles. C'est pourquoi mon précédent article portait sur sa vie et son œuvre que j'ai résumées de manière concise. 
Tout en transmettant des éléments d'information sur ce visionnaire d'envergure, notamment les vidéos que j'ai appréciées, je propose aujourd'hui une réflexion qui ne s'arrête pas au concept mais qui se veut aussi pragmatique, utile et proche de la réalité que possible. Mes propositions sous-tendent l'espoir dans les humains pour l'instauration de la justice dans le monde. 
Bonne lecture et bonnes réflexions ! 


Ivan Illich

Après ma récente découverte du journaliste écrivain Jean-Michel Djian grâce à son article paru en première page du journal Ouest France le 23 avril 2021 sur un tout autre domaine, j'ai fait des recherches sur cet auteur remarquable dont la sensibilité fait écho en ma personne. C'est en quelque sorte la rencontre des esprits. 

Je découvre qu'il diffuse une riche documentation sur Ivan Illich et son oeuvre. Et c'est surtout sa façon de comprendre l'étendue du message d'Illich qui m'interpelle. Jean-Michel Djian fait partie de ces rares personnes réceptives à la globalité d'un monde, d'une personnalité, alors que bien des gens ont tendance à tout entrecouper et ne prendre d'une personnalité ou d'une oeuvre que ce qui les intéresse pour justifier leurs propres opinions sur un domaine. C'est par ailleurs, à mon sens, une posture intellectuelle quelque peu malhonnête. Si l'on aime une personnalité (ou son proche) pour son aura et son oeuvre, on la considère tout entière. On n'est pas motivé par un ego, celui-ci qui pose des filtres dénaturant le message initial, alors coupé de son contexte. Jean-Michel Djian est remarquable par une sensibilité qui s'entend très bien avec celle d'Ivan Illich, par la capacité de tout prendre de la personne sans jamais la réduire à une ou plusieurs étiquettes. Car il a capté l'esprit central. 


Je me trouve alors à nouveau face aux défis intellectuels d'Ivan Illich, duquel j'ai trois ouvrages dans ma bibliothèque. Une personnalité de génie qui m'a jadis rappelée à mes propres réflexions et propositions, comme celles que j'avais transmises au ministère de l'Education sur rendez-vous à Paris. 


Jean-Michel Djian
Jean-Michel Djian


Dans la vidéo ci-dessous, l'interview de Jean-Michel Djian révèle le génie d'une rare envergure de cette personnalité grandement lucide et visionnaire. Ivan Illich avait déjà prévu la direction que le monde prendrait et ses effets néfastes. Par exemple les individus de plus en plus déresponsabilisés depuis que tout est relégué aux institutions globales...  

Ensuite, seront affichées d'autres vidéos ainsi que mes réflexions sur ce que j'appelle la "société des plaies et des pansements ou le pseudo-progrès". 



https://youtu.be/71Db6vTwHzo


Voici Ivan Illich lui-même : 



"L'école est à la racine de la spiritualisation du capitalisme."

"On a traduit 'croissance personnelle' par 'éducation correspondant à la scolarité obligatoire', faisant de l'éducation et des savoirs une MARCHANDISE produite sous contrôle d'Etat. Or le savoir devient rare du moment qu'il devient une marchandise. C'est comme toute problématique liée aux traitements sociaux : ceux-ci sont des marchandises."  Ivan Illich 


Ma pensée corrobore les propos d'Ivan Illich. Ainsi j'ajoute


Nous sommes esclaves du système marchand. Et nous avons peu de savoirs pratiques (assister une personne en urgence vitale, etc), comme le souligne Ivan Illich qui affirme que nous ne savons pas grand-chose. Nous pouvons, avec lucidité, comprendre que l'école n'est pas suffisante pour comprendre la vie et les pratiques nécessaires au quotidien réel, puisque les savoirs sont vectorisés dans un sens restreint et contraint par l'institution publique, en vue de la marchandisation de l'individu pour la grande masse, elle-même transformée en capital. 

Globalement, en ce siècle dit "moderne", la vie humaine, de l'enfance à la vieillesse, est de moins en moins du ressort de l'humain lui-même. Il est déresponsabilisé de sa fonction naturelle pour que tout soit remis entre les mains des grandes institutions, dans une vie de plus en plus globaliste. La proximité est détériorée par un mode de vie soutenu par tous les individus qui vouent leur temps à la capitalisation de leur être pour le service marchand, consolidant encore et toujours plus l'institutionnalisation de la vie. Cette dernière devient ainsi tout à fait informationnelle, segmentée, classée, informatisée. La machine est aux commandes. La fluidité de la vie entre personnes s'appauvrit, elle se bloque. 

Enfin, l'individu se trouve dépersonnalisé : il vit dans un monde si élargi qu'il ne compte plus comme il compterait dans une famille au sens large, une communauté d'enracinement. Il n'est plus la personne singulière du groupe. L'individu nage quelque part sur une soupe gigantesque, technico-mondiale. Il devient comme un anonyme optionnel et remplaçable. Au nom du progrès infini (accompagné de la décadence humaine et de la complexification) malgré un monde fini, on ne se rend pas compte qu'on est au royaume des insensés. Dans cette folie, on n'a plus tellement besoin de la dynamique vitale de la proximité spontanée : l'humain est facilement remplacé par une diversité d'objets qui occupent l'esprit et font écran aux relations. 

On n'arrive plus à faire de sorte que le monde soit petit, relié, proche et donc simple. On est en train de perdre le sens de la spontanéité conviviale! Le lien est le sens même de la notion de Logique. Le lien entre éléments, les liens dans le Vivant et donc entre les humains. Fractionner la vie est illogique. Quand on compartimente la vie au sein même d'un système trop grand (globaliste), tout devient de plus en plus conceptuel : on casse les liens tangibles, simples et logiques, pour les remplacer par des idéaux conceptuels et abstraits. Quant au concret, la complication s'installe. 

Pour trouver un champ relationnel autour de soi, du "lien social" (terme quasi-commercial), la société dite "moderne" nous organise de manière institutionnalisée : il faudra avoir systématiquement recours à des organisations déclarées (associations, clubs payants, etc) pour créer du lien, lequel cesse d'être naturel. 

Ainsi le monde s'articule dans des boîtes! Nous pourrons même dire que ce sont des boîtes étiquetées à la superglue. 


La solution était la simplification en rendant le monde petit, dans tous les recoins du monde. Des petits mondes où la vie humaine s'articule, des sphères qui ne sont pas coupées des autres car elles communiquent entre elles. 

Nous savons tout cela mais nous ne pouvons rien. Nous nous sentons impuissants. La machine est lancée et elle s'arrêtera le jour où elle sera détruite. Et sauve qui peut!  Car en général, on va jusqu'au bout des expériences. Même dans la connerie. 


S'il y a quelque chose que nous pouvons faire, ce sont les petits gestes pour l'allègement du poids de la vie en nous soutenant les uns les autres, en commençant par le voisin, la famille et les amis. Nous pouvons apprendre à être profondément attentifs. Nous pouvons dès aujourd'hui remettre en question tout notre mode de vie consommateur, nos types d'habitations barbares, les inégalités entre les privilégiés et les pauvres, et tout ce que nos intuitions profondes nous inspireront dans la justice. 

Tout système tombe de lui-même quand on cesse de l'alimenter. Mais l'humain n'est pas doté d'une très grande intelligence adaptative: c'est un animal entêté. Ainsi il continue dans sa trajectoire jusqu'à être forcé au changement par de dures épreuves qui lui incombent. 

Admettons que le monde se fracasse bien douloureusement dans environ 80 ans, ce sera alors la possibilité d'un renouveau parce que les humains restants n'auront pas d'autre choix. Quand on n'a plus rien à perdre, l'excellence renaît de ses cendres. Nous savons bien que l'humain change plus aisément sous la contrainte. 

En attendant, la grande machine règne, devenue le dieu de notre civilisation. Le fait est que tout humain a besoin de mettre sa foi dans quelque chose pour déterminer sa raison de vivre et ses motivations. Alors il y consacre son âme. C'est en quelque sorte une foi avec ses cultes, comme celui de l'image, de soi et des autres. Il y a aussi le culte d'un matérialisme toujours croissant, l'exploitation et tout ce qui s'y rattache.  Cela pourra faire l'objet d'un thème très intéressant à développer ou à débattre: l'illusion des dogmes et cultes en tous genres dont l'individu n'a pas nécessairement conscience. Chaque ère a ses mythes. Ce que veut l'humain, c'est se remplir de quelque chose, d'un idéal, même illusoire si nécessaire. Car le vide a toujours fait peur. Il peut cependant être judicieux d'accepter le vide de l'existence pour explorer, au fond du puits de la conscience, les profondeurs de l'Être qui font notre authenticité, le vrai, le beau et le bien. 


En attendant de parvenir à choisir nos vies de manière libre, autonome et responsable, nous serons toujours les mêmes consommateurs consommés ! Sauf pour quelques minorités, l'ère Covid n'aura rien changé si ce n'est qu'elle nous aura un peu bousculés, poussés dans nos retranchements. 


Cette part de réflexion est bien positive car réaliste. 

Il serait profondément candide et naïf de dire "tout est bien dans le meilleur des mondes". L'optimisme béat serait une excuse pour fermer les yeux, alors que de plus en plus de malheureux sont perdus dans la grande soupe globaliste. Je pense par exemple aux personnes esseulées, aux personnes âgées qui sont presque systématiquement abandonnées dans les hospices (la norme appelle ça EHPAD), les peuples qui ont faim et soif, les enfants et adultes qui ont des difficultés à s'adapter à l'exigence sociétale et productiviste à cause de particularités qualifiées, souvent à tort, d'handicaps. Ce dernier point soulève un problème dû au phénomène globaliste et qui me semble bien triste : la personne est handicapée dès lors qu'elle n'a pas les moyens ou la motivation d'être assez agressive pour monter dans les rangs de la compétition du temps-travail productiviste. Pourtant, il suffit de placer telle personne dans un groupe plus restreint que celui du monde entier pour qu'elle se réjouisse d'avoir une place et d'être utile au groupe, lequel fonctionne par échange de qualités différentes et complémentaires selon les possibilités de chacun, ainsi que de savoirs ancestraux transmis par les générations. Enracinée dans la communauté, la personne si différente ne se sent pas rejetée ou diabolisée. 

C'est par ailleurs ainsi que certaines tribus fonctionnent. Chaque individu a sa place au sein du groupe. Quant à notre société... Elle se dit progressiste alors qu'elle cause des plaies qui ne guérissent pas, d'où la création toujours plus grande de compensations que j'appelle "pansements". C'est bien pour cette raison que la société usine du social, de l'assistanat et une pluie de médicaments pour calmer les esprits anxieux ou stressés ainsi que les maladies psychosomatiques. Bien que la mise en oeuvre de telles compensations soit alors nécessaire et respectable, force est de constater que ces politiques économiques dites "humanistes" créent des plaies tout en offrant une armée d'aides de toutes sortes qui creusent la dette publique financée par les citoyens. Cela ressemble à un fonctionnement contrebalancé par une forme de socialisme qui établit un système compensatoire, à savoir les dépenses colossales pour la Santé, le chômage et le handicap (ou "l'handicapisation" des personnes), tout en continuant de susciter des douleurs, des plaies. Ces pansements sans cesse renouvelés font désormais partie de la vie. Veillons donc à nous rendre malades pour soutenir les institutions. (ironie bien-sûr) 

Il était simple d'arrêter de faire saigner les âmes. Mais la simplicité n'est que l'apanage des humbles et non pas celui des orgueilleux, fiers de répandre leurs cultes. 


Ne nous mentons pas, n'excellons pas dans le déni. Soyons courageux. Soyons vrais. 


Mais qu'est-ce que la vie, après tout? La vie ne consiste-t-elle pas à la célébrer? Savons-nous au moins la contempler? N'est-il pas suffisant de nous contenter de vivre? De privilégier le bien-être de la personne et l'interaction humaine? Ne serait-il pas plus profitable de transformer le travail en une activité qui sert simplement le nécessaire vital? 


C'était là un bref aperçu de ma réflexion. Chaque point mérite de plus amples développements, lesquels je réserve à de futures publications. 



Voici d'autres vidéos que j'ai appréciées sur Ivan Illich et son oeuvre : 



https://youtu.be/-oF6ZslebXo




https://youtu.be/0AL97_wnAOQ




https://youtu.be/uYJboCFOpdY



Le site de Jean-Michel Djian

https://www.jeanmicheldjian.com/


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Ivan Illich (1926 - 2002), un génie visionnaire


Avant de regarder Ivan Illich avec des étiquettes limitatrices en matière de diplômes et de profession, il faut en capter l'esprit. C'est avant tout un passionné de la vie, un cerveau puissant, un surdoué dont la précocité est visible dans son enfance, mais surtout un grand réaliste super-lucide. Cette qualité a par ailleurs fait de lui un transdisciplinaire d'avant-garde puisqu'il était transparent sur le lien logique entre toutes choses, tous niveaux de la Réalité, sans la couper dans des domaines de manière fractionnée et compartimentée. En cela, Illich était très singulier. 

Ses travaux sur l'école, la santé, la convivialité, l'énergie ont eu un retentissement international rayonnant sur plusieurs niveaux interdisciplinaires. Plus connu pour ses ouvrages Une société sans école et La convivialité, ses écrits et conférences ont lancé de féconds débats dans de nombreux pays. Il est, encore aujourd'hui, très apprécié par nombre d'intellectuels, d'enseignants, de travailleurs de la santé également. 

Quelles fonctions a-t-il occupé ? 

Il a travaillé dans la recherche en cristallographie, en histoire (doctorat), en philosophie, en théologie. Il parlait 12 langues dont 8 couramment. Prêtre catholique durant quelques années avant d'abandonner le sacerdoce, rebelle (par lucidité), il a été mondialement connu pour sa critique des autorités, institutionnelles sous toutes leurs formes, même ecclésiales. Il dénonçait les incohérences et fonctionnements corrompus des institutions de la société et prédisait le futur de la marche du monde avec lucidité. En effet, notre monde actuel est exactement à l'image de ce qu'il avait prévu en son temps. L'individu est devenu esclave de la machine institutionnelle globale, la personne étant donc destituée de ses fonctions relationnelles et de ses possibilités de connaissances pluridisciplinaires, utiles au quotidien. L'humain est devenu l'instrument du productivisme (qui s'assimile au capitalisme), à commencer par les savoirs scolaires vectorisées et contraints par la grande institution qui dirige la globalité humaine vers sa capitalisation marchande. Ainsi, les savoirs sont une marchandise qui fait de l'humain un objet profitable dans la machine productiviste. L'école est justifiée seulement par le maintien du pouvoir public. Mais l'humain reste pour autant peu instruit, très pauvre en vrais savoirs, ceux qui sont vraisemblablement utiles au sein même de nos existences. Il a aussi souligné le sérieux manque de temps pour les réflexions personnelles qui mènent à l'autonomie et à la responsabilité personnelle, hors de tout cadre dogmatique, et à l'expérimentation même des savoirs ou savoir-faire. 

Un exemple : la médecine est devenue tellement professionnalisée et institutionnalisée que l'individu est incapable de porter assistance à une personne gravement blessée ou malade. Ainsi beaucoup meurent parce que les gens ne connaissent pas les signes d'un cas d'urgence et qu'ils ignorent souvent les gestes à administrer. Mais aussi l'individu délègue toutes les décisions au monde professionnel et se déresponsabilise de la connaissance de sa propre santé, de son propre corps et des ressources individuelles qui permettraient de gérer certains soins pour lui-même et pour d'autres. Tel défaut d'instruction s'applique à d'autres domaines de la vie. L'ignorance gagne les sociétés. Nous pouvons aussi penser, entre autres, au manque de connaissances sur le plan individuel et groupal de répondre à une catastrophe climatique, par exemple.  

Mais surtout, pour revenir sur l'institution scolaire, Illich fait ressortir le caractère de l'école : c'est une usine. 

"L'école est l'agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est." Ivan Illich 

Concrètement, il préconisait la formation de réseaux de savoirs que les individus peuvent organiser entre eux, rendus responsables de leurs apprentissages et de la prise en charge des échanges de compétences. C'est ainsi l'inverse de l'institution qu'il qualifiait de contre-productive. Tandis que cette dernière rend l'individu passif, le principe de conscience autonome le rend actif de lui-même, donc responsable. 


Enfin, Illich a activement participé à des missions humanistes et culturelles, notamment en Amérique du sud. Par exemple la co-création du Centre Interculturel de Documentation (CIDOC), au Mexique. CIDOC est un lieu de rencontre pour de nombreux intellectuels américains et latino-américains qui réfléchissaient au problème de l'éducation et de la culture. Le centre proposait des ateliers sur des thèmes sociaux et politiques ainsi que des cours d'espagnol. Il proposait à qui le souhaitait d'apprendre autrement. Une bibliothèque prestigieuse y était mise à disposition. Via ce centre, Illich dirigeait des séminaires consacrés aux alternatives institutionnelles alors que la société devenait de plus en plus technologique, productiviste, dans sa course pour le progrès. 


Ses ouvrages les plus connus :

- La Convivialité

- Libérer l'avenir

- Némésis médicale

- Une société sans école

- Le Chômage créateur

- Le Travail fantôme

- Énergie et Équité



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Tuesday, 6 April 2021

Les joies de la pensée libre et autonome



Les joies de la pensée libre et autonome


Plus on active l'esprit critique et l'on écoute son intuition, et plus on élève sa conscience. 
Avec une lucidité toujours plus sensible, on a alors de moins en moins besoin de sécurités apportées par le groupe, à savoir les idéologies, doctrines figées, opinions biaisées, dogmes, superstitions en tous genres. 
L’axe central est le sens de la vérité. Peut-on dire qu’on est toujours en capacité d’être en vérité ou que tout le monde puisse l’être ? Il semble bien que non, puisqu’on veut parfois se raconter des histoires, mettre dans la tête les filtres qui nous arrangent. C’est surtout par habitude puisque la société de l’image et de la surconsommation nous met des idées en tête. Cependant, seule la vérité libère. Et plus on aime la vérité, plus on est lucide, et plus on a le privilège de devenir maître, maître de soi. C’est alors qu’on peut parler de véritable pensée libre et autonome.
 
On entend dire que les plus lucides vivent un sentiment de solitude. C’est vrai mais pourquoi ? Parce que les humains de notre société industrielle commencent à peine à remettre en question ce que nous prenons pour acquis. Alors ceux et celles qui se sont réveillés forment une minorité. Le fait de ne point adhérer à des groupes idéologiques ou à une vision commune de ce que devrait être la vie est une marque de courage. En effet, en état seul, en se tenant debout tout seul, on ne dépend pas de l’approbation de l’entourage, on peut même être incompris, voire mis à l’écart à cause d’une vision de la vie qui diffère. Quand on se tient debout tout seul, le surmoi idéologique du groupe n’a pas beaucoup d’effet. En tout cas, les penseurs autonomes feront des choix conscients. 

Le grand avantage pour un autonome, malgré un éventuel sentiment de solitude, c’est que l’intelligence s’affine parce qu’il puise dans ses propres ressources la compréhension de la vie et du monde. C'est donc bien le marqueur de la capacité de se faire intimement confiance, confiance en son jugement, en son bon sens. C’est la capacité de sentir clairement ce qui est juste.  Ainsi on ne court pas le risque de se plier aux volontés de quelqu’un d’autre qui bousculerait votre intégrité. Dès lors que quelque chose ne parle pas à notre cœur, il faut mettre le frein. 

L’autonome est un aventurier de l’esprit. Il n’a pas peur de sortir des sentiers battus, car c’est plus fort que lui. Il semble même que ce soit un devoir pour l’être humain de découvrir la vie, la démasquer, en étant maître à bord de son bateau. 

Le monde ne serait-il pas plus mature et harmonieux si les gens étaient encouragés à exploiter librement leurs facultés multiples et leur intuition ? Un monde où l’on n’a pas à se vendre et où l’on préserve son intégrité sans concessions ? 

Tout est déjà dans l’enfant. Notre perception fine des choses, surtout notre lien au vivant, sont particulièrement accrus durant notre enfance en comparaison avec notre perception d’adulte, devenue (trop) sélective. Préservons cette fraîcheur innocente et cette curiosité insatiable.  

Les autonomes ont conscience de leur force d’âme. Ils font le tri selon leur appel intérieur, inspirés par ce qu'ils sentent comme étant juste et logique. S'ils travaillent dans de hautes sphères, ce sont des innovateurs. 

Ces esprits-là sont rassurants, dans le fond. 


Un petit bémol pourrait s’immiscer dans l’attitude du « rebelle à tout prix », la personne qui n’a pas trouvé sa force d’âme et son intuition mais qui se rebelle pour l’art et la manière. C’est là cultiver une image de soi, une caricature. Dans ce cas, on se dit "électron libre" mais l’est-on vraiment ? Lorsque nous sommes encore dans une phase où nous manquons de rationalité et d'enracinement, nous sommes instables, mais nous le cachons avec le masque caricatural du rebelle. Quant à l’inverse, la personne trop rationnelle, elle ne saurait faire sans une sécurité renforcée. On se dit rationaliste mais l’esprit ressemble à un carré ; il ne laisse aucune place à la question abordée par exemple par Einstein, Gandhi et bien d'autres : Dieu. Une autre forme de sécurité à carré fermé est celle donnée par les doctrines qui dynamisent des systèmes de superstitions. Ces systèmes sont bien armés, ils n’invitent pas le doute et ils sont impressionnants car un manquement à leur pratique ferait sentir la menace de l’enfer. 

Les idéologies fonctionnent comme un surmoi qui pense à votre place et vous infantilise. Où est la réflexion et l’autonomie dans ce cas ? Comment espérer devenir un peuple d’individus matures et responsables ? 

Les penseurs autonomes sont des consciences ouvertes. Ils se laissent aller à un peu de folie pour oser explorer la réalité, l’imagination, la créativité. La conscience ouverte est inspirée par la quête de vérité, telle qu'elle est, et non celle qui l’arrange. C’est peut-être une quête sans fin, mais qui apporte ses éclairages le long du chemin. Le chemin, il faut le vivre. 

Il y a plus d'humilité dans le questionnement que dans l’opinion trop affirmée. Il y a plus de sagesse lorsque nous sommes conscients que nous ne sommes pas dans le monde pour prouver que nous savons, mais que nous y sommes pour apprendre ce que nous ne savons pas. Nous nous souvenons alors d'une parole de Jean Piaget : "l'intelligence ce n'est pas ce que l'on sait, c'est ce que l'on fait quand on ne sait pas". 

Les esprits autonomes ne se figent pas dans des croyances d'emprunt en vue d'une stabilité psychologique, car ils sont stables en eux-mêmes, enracinés dans une force d'âme, tout en dynamisant les transformations nécessaires. C'est cela l'aboutissement d'un réel apprentissage qui ne s'arrête jamais. S’interroger, se remettre en question quand nécessaire... 
L’opinion facile, quant à elle, n’a aucun bien fondé. Elle découle d’un esprit paresseux qui prend des raccourcis. L’esprit non autonome n’est pas fluide ou souple, il est résistant, figé, sclérosé. Il est passif devant ses propres croyances, ses acquis, conditionnements et quelque surmoi idéologique.
  

Pierre Curie communiquait, pour définir la pensée autonome, l'image de la toupie : elle tourne sur elle-même produisant sa propre énergie. Il prônait cette aisance de penser par soi-même. Il était ainsi, incapable de suivre les protocoles de l'école, peu enclin à se laisser conditionner, en mémorisant sans se poser de questions. Avec son esprit contemplatif, il avait besoin de prendre du temps pour explorer chaque sujet et les éléments qui le composent. Il passait parfois pour lent, mais c’était simplement un incompris. C'est pourquoi il a fallu que ses parents l'instruisent à la maison jusqu'à qu'il fût prêt à passer le bac en candidat libre à l'âge de 16 ans. Cela lui a évité l'échec et il a donc pu intégrer la Faculté des Sciences à Paris. Il a innové en alliant recherches fondamentale et expérimentale. Avec son épouse Marie, il reçut le prix Nobel de physique en 1903 pour leurs découvertes en radioactivité. D’après Marie Curie, l’école traditionnelle aurait pu conduire Pierre Curie à la restriction de ses potentiels et donc à l’échec intellectuel. 
Après la tragédie de la mort de Pierre Curie à l’âge de 47 ans, Marie fonda, avec l’aide de ses chers amis et collègues, une « coopérative scolaire » pour offrir à leurs enfants l’opportunité d’apprendre avec cette liberté nécessaire de penser, d’explorer, de chercher. Cette aventure dura quelques années, très mémorables d’après les témoignages des anciens élèves. 
 

Oui, l'effet toupie me plaît bien. 
Debout la toupie ! 





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