Sunday, 2 May 2021

Les stations balnéaires de Bretagne - Attention aux mythes et légendes

Je viens d'entendre une connerie sur France 3 après les news régionales:

"À Carnac, station balnéaire depuis 10 000 ans".

Voilà pour la publicité. 

😂 Apparemment, certaines personnes se permettent tout, se disant que si la télé le dit... c'est que c'est vrai : les gens sont censés le croire.

A moins que leur blague soit à prendre au second degré. 

Nous étions censés rigoler. Ah ben oui ! 


Depuis quand les stations balnéaires existent? 

Les premières stations balnéaires ont été créées dans les années 1700 par les Anglais d'après l'encyclo. 


Alors les 10 000 ans (donc 8000 av JC)... Il suffit d'avoir lu un peu d'histoire du monde pour savoir qu'il y a 10 000 ans, c'était plutôt le début de la sédentarisation des peuplades d'Homo sapiens, qui étaient généralement nomades. Quoique ce n'était pas encore établi. D'après les trouvailles archéologiques, on compterait environ 2000 ans de plus avant de constater ce nouveau mode de vie. Le néolithique (âge de la pierre polie) se préparait. L'agriculture et l'élevage allait bientôt devenir un mode de vie pour garantir une plus grande sécurité à la famille et à la tribu. Les humains étaient bien loin de connaître les installations touristiques. 


Bref. Sachons aussi ne pas confondre le balnéaire avec le thermalisme. Ce dernier est bien plus ancien et il regroupe les activités liées à l'usage des eaux thermales. Les sources historiques remontent au VIe siècle av J-C en Grèce et Sicile.


Heureusement que la télé n'est pas une source de culture 😁  (surtout quand des agences publicitaires font de la pub). 


Ouvrir l'œil, toujours ouvrir l'œil.


Pour le petit rappel, une station balnéaire (du latin statio, de stare : « se tenir debout » et de balnearium, de balneum : « bain ») est un lieu de séjour situé en bord de mer ou tout autre endroit présentant des bains. Parfois une ville littorale est même créée à partir de l'attraction de la station balnéaire. 

Voici un article que j'ai trouvé sur l'historique des stations balnéaires bretonnes :


https://www.letelegramme.fr/_amp/867/12641867.php


Dinard (35), sur la côte d’Emeraude (Collection Alain et Claudine Lamour)

Source: https://www.letelegramme.fr/_amp/867/12641867.php


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Monday, 26 April 2021

Réfléchir avec Ivan Illich - La "société des plaies et des pansements" ou le pseudo-progrès


Bienvenue sur mon blog. 
Je partage aujourd'hui un coup de cœur pour Ivan Illich et son génie. 
Ce grand Homme mérite d'être connu du grand public et non pas seulement des sphères intellectuelles. C'est pourquoi mon précédent article portait sur sa vie et son œuvre que j'ai résumées de manière concise. 
Tout en transmettant des éléments d'information sur ce visionnaire d'envergure, notamment les vidéos que j'ai appréciées, je propose aujourd'hui une réflexion qui ne s'arrête pas au concept mais qui se veut aussi pragmatique, utile et proche de la réalité que possible. Mes propositions sous-tendent l'espoir dans les humains pour l'instauration de la justice dans le monde. 
Bonne lecture et bonnes réflexions ! 


Ivan Illich

Après ma récente découverte du journaliste écrivain Jean-Michel Djian grâce à son article paru en première page du journal Ouest France le 23 avril 2021 sur un tout autre domaine, j'ai fait des recherches sur cet auteur remarquable dont la sensibilité fait écho en ma personne. C'est en quelque sorte la rencontre des esprits. 

Je découvre qu'il diffuse une riche documentation sur Ivan Illich et son oeuvre. Et c'est surtout sa façon de comprendre l'étendue du message d'Illich qui m'interpelle. Jean-Michel Djian fait partie de ces rares personnes réceptives à la globalité d'un monde, d'une personnalité, alors que bien des gens ont tendance à tout entrecouper et ne prendre d'une personnalité ou d'une oeuvre que ce qui les intéresse pour justifier leurs propres opinions sur un domaine. C'est par ailleurs, à mon sens, une posture intellectuelle quelque peu malhonnête. Si l'on aime une personnalité (ou son proche) pour son aura et son oeuvre, on la considère tout entière. On n'est pas motivé par un ego, celui-ci qui pose des filtres dénaturant le message initial, alors coupé de son contexte. Jean-Michel Djian est remarquable par une sensibilité qui s'entend très bien avec celle d'Ivan Illich, par la capacité de tout prendre de la personne sans jamais la réduire à une ou plusieurs étiquettes. Car il a capté l'esprit central. 


Je me trouve alors à nouveau face aux défis intellectuels d'Ivan Illich, duquel j'ai trois ouvrages dans ma bibliothèque. Une personnalité de génie qui m'a jadis rappelée à mes propres réflexions et propositions, comme celles que j'avais transmises au ministère de l'Education sur rendez-vous à Paris. 


Jean-Michel Djian
Jean-Michel Djian


Dans la vidéo ci-dessous, l'interview de Jean-Michel Djian révèle le génie d'une rare envergure de cette personnalité grandement lucide et visionnaire. Ivan Illich avait déjà prévu la direction que le monde prendrait et ses effets néfastes. Par exemple les individus de plus en plus déresponsabilisés depuis que tout est relégué aux institutions globales...  

Ensuite, seront affichées d'autres vidéos ainsi que mes réflexions sur ce que j'appelle la "société des plaies et des pansements ou le pseudo-progrès". 



https://youtu.be/71Db6vTwHzo


Voici Ivan Illich lui-même : 



"L'école est à la racine de la spiritualisation du capitalisme."

"On a traduit 'croissance personnelle' par 'éducation correspondant à la scolarité obligatoire', faisant de l'éducation et des savoirs une MARCHANDISE produite sous contrôle d'Etat. Or le savoir devient rare du moment qu'il devient une marchandise. C'est comme toute problématique liée aux traitements sociaux : ceux-ci sont des marchandises."  Ivan Illich 


Ma pensée corrobore les propos d'Ivan Illich. Ainsi j'ajoute


Nous sommes esclaves du système marchand. Et nous avons peu de savoirs pratiques (assister une personne en urgence vitale, etc), comme le souligne Ivan Illich qui affirme que nous ne savons pas grand-chose. Nous pouvons, avec lucidité, comprendre que l'école n'est pas suffisante pour comprendre la vie et les pratiques nécessaires au quotidien réel, puisque les savoirs sont vectorisés dans un sens restreint et contraint par l'institution publique, en vue de la marchandisation de l'individu pour la grande masse, elle-même transformée en capital. 

Globalement, en ce siècle dit "moderne", la vie humaine, de l'enfance à la vieillesse, est de moins en moins du ressort de l'humain lui-même. Il est déresponsabilisé de sa fonction naturelle pour que tout soit remis entre les mains des grandes institutions, dans une vie de plus en plus globaliste. La proximité est détériorée par un mode de vie soutenu par tous les individus qui vouent leur temps à la capitalisation de leur être pour le service marchand, consolidant encore et toujours plus l'institutionnalisation de la vie. Cette dernière devient ainsi tout à fait informationnelle, segmentée, classée, informatisée. La machine est aux commandes. La fluidité de la vie entre personnes s'appauvrit, elle se bloque. 

Enfin, l'individu se trouve dépersonnalisé : il vit dans un monde si élargi qu'il ne compte plus comme il compterait dans une famille au sens large, une communauté d'enracinement. Il n'est plus la personne singulière du groupe. L'individu nage quelque part sur une soupe gigantesque, technico-mondiale. Il devient comme un anonyme optionnel et remplaçable. Au nom du progrès infini (accompagné de la décadence humaine et de la complexification) malgré un monde fini, on ne se rend pas compte qu'on est au royaume des insensés. Dans cette folie, on n'a plus tellement besoin de la dynamique vitale de la proximité spontanée : l'humain est facilement remplacé par une diversité d'objets qui occupent l'esprit et font écran aux relations. 

On n'arrive plus à faire de sorte que le monde soit petit, relié, proche et donc simple. On est en train de perdre le sens de la spontanéité conviviale! Le lien est le sens même de la notion de Logique. Le lien entre éléments, les liens dans le Vivant et donc entre les humains. Fractionner la vie est illogique. Quand on compartimente la vie au sein même d'un système trop grand (globaliste), tout devient de plus en plus conceptuel : on casse les liens tangibles, simples et logiques, pour les remplacer par des idéaux conceptuels et abstraits. Quant au concret, la complication s'installe. 

Pour trouver un champ relationnel autour de soi, du "lien social" (terme quasi-commercial), la société dite "moderne" nous organise de manière institutionnalisée : il faudra avoir systématiquement recours à des organisations déclarées (associations, clubs payants, etc) pour créer du lien, lequel cesse d'être naturel. 

Ainsi le monde s'articule dans des boîtes! Nous pourrons même dire que ce sont des boîtes étiquetées à la superglue. 


La solution était la simplification en rendant le monde petit, dans tous les recoins du monde. Des petits mondes où la vie humaine s'articule, des sphères qui ne sont pas coupées des autres car elles communiquent entre elles. 

Nous savons tout cela mais nous ne pouvons rien. Nous nous sentons impuissants. La machine est lancée et elle s'arrêtera le jour où elle sera détruite. Et sauve qui peut!  Car en général, on va jusqu'au bout des expériences. Même dans la connerie. 


S'il y a quelque chose que nous pouvons faire, ce sont les petits gestes pour l'allègement du poids de la vie en nous soutenant les uns les autres, en commençant par le voisin, la famille et les amis. Nous pouvons apprendre à être profondément attentifs. Nous pouvons dès aujourd'hui remettre en question tout notre mode de vie consommateur, nos types d'habitations barbares, les inégalités entre les privilégiés et les pauvres, et tout ce que nos intuitions profondes nous inspireront dans la justice. 

Tout système tombe de lui-même quand on cesse de l'alimenter. Mais l'humain n'est pas doté d'une très grande intelligence adaptative: c'est un animal entêté. Ainsi il continue dans sa trajectoire jusqu'à être forcé au changement par de dures épreuves qui lui incombent. 

Admettons que le monde se fracasse bien douloureusement dans environ 80 ans, ce sera alors la possibilité d'un renouveau parce que les humains restants n'auront pas d'autre choix. Quand on n'a plus rien à perdre, l'excellence renaît de ses cendres. Nous savons bien que l'humain change plus aisément sous la contrainte. 

En attendant, la grande machine règne, devenue le dieu de notre civilisation. Le fait est que tout humain a besoin de mettre sa foi dans quelque chose pour déterminer sa raison de vivre et ses motivations. Alors il y consacre son âme. C'est en quelque sorte une foi avec ses cultes, comme celui de l'image, de soi et des autres. Il y a aussi le culte d'un matérialisme toujours croissant, l'exploitation et tout ce qui s'y rattache.  Cela pourra faire l'objet d'un thème très intéressant à développer ou à débattre: l'illusion des dogmes et cultes en tous genres dont l'individu n'a pas nécessairement conscience. Chaque ère a ses mythes. Ce que veut l'humain, c'est se remplir de quelque chose, d'un idéal, même illusoire si nécessaire. Car le vide a toujours fait peur. Il peut cependant être judicieux d'accepter le vide de l'existence pour explorer, au fond du puits de la conscience, les profondeurs de l'Être qui font notre authenticité, le vrai, le beau et le bien. 


En attendant de parvenir à choisir nos vies de manière libre, autonome et responsable, nous serons toujours les mêmes consommateurs consommés ! Sauf pour quelques minorités, l'ère Covid n'aura rien changé si ce n'est qu'elle nous aura un peu bousculés, poussés dans nos retranchements. 


Cette part de réflexion est bien positive car réaliste. 

Il serait profondément candide et naïf de dire "tout est bien dans le meilleur des mondes". L'optimisme béat serait une excuse pour fermer les yeux, alors que de plus en plus de malheureux sont perdus dans la grande soupe globaliste. Je pense par exemple aux personnes esseulées, aux personnes âgées qui sont presque systématiquement abandonnées dans les hospices (la norme appelle ça EHPAD), les peuples qui ont faim et soif, les enfants et adultes qui ont des difficultés à s'adapter à l'exigence sociétale et productiviste à cause de particularités qualifiées, souvent à tort, d'handicaps. Ce dernier point soulève un problème dû au phénomène globaliste et qui me semble bien triste : la personne est handicapée dès lors qu'elle n'a pas les moyens ou la motivation d'être assez agressive pour monter dans les rangs de la compétition du temps-travail productiviste. Pourtant, il suffit de placer telle personne dans un groupe plus restreint que celui du monde entier pour qu'elle se réjouisse d'avoir une place et d'être utile au groupe, lequel fonctionne par échange de qualités différentes et complémentaires selon les possibilités de chacun, ainsi que de savoirs ancestraux transmis par les générations. Enracinée dans la communauté, la personne si différente ne se sent pas diabolisée. 

C'est par ailleurs ainsi que certaines tribus fonctionnent. Chaque individu à sa place au sein du groupe. Quant à notre société... Elle se dit progressiste alors qu'elle crée des plaies qui ne guérissent pas, d'où la création toujours plus grande de compensations que j'appelle "pansements". C'est bien pour cette raison que la société usine du social, de l'assistanat et une pluie de médicaments pour calmer les esprits anxieux ou stressés ainsi que les maladies psychosomatiques. Bien que la mise en oeuvre de telles compensations soit alors nécessaire et respectable, force est de constater que ces politiques économiques dites "humanistes" créent des plaies tout en offrant une armée d'aides de toutes sortes qui creusent la dette publique financée par les citoyens. Cela ressemble à un fonctionnement contrebalancé par une forme de socialisme qui établit un système compensation, à savoir les dépenses colossales pour la Santé, le chômage et le handicap (ou "l'handicapisation" des personnes), tout en continuant de susciter des douleurs, des plaies. Ces pansements sans cesse renouvelés font désormais partie de la vie. Veillons donc à nous rendre malades pour soutenir les institutions. (ironie bien-sûr) 

Il était simple d'arrêter de faire saigner les âmes. Mais la simplicité n'est que l'apanage des humbles et non pas celui des orgueilleux, fiers de répandre leurs cultes. 


Ne nous mentons pas, n'excellons pas dans le déni. Soyons courageux. Soyons vrais. 


Mais qu'est-ce que la vie, après tout? La vie ne consiste-t-elle pas à la célébrer? Savons-nous au moins la contempler? N'est-il pas suffisant de nous contenter de vivre? De privilégier le bien-être de la personne et l'interaction humaine? Ne serait-il pas plus profitable de transformer le travail en une activité qui sert simplement le nécessaire vital? 


C'était là un bref aperçu de ma réflexion. Chaque point mérite de plus amples développements, lesquels je réserve à de futures publications. 



Voici d'autres vidéos que j'ai appréciées sur Ivan Illich et son oeuvre : 



https://youtu.be/-oF6ZslebXo




https://youtu.be/0AL97_wnAOQ




https://youtu.be/uYJboCFOpdY



Le site de Jean-Michel Djian

https://www.jeanmicheldjian.com/


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Ivan Illich (1926 - 2002), un génie visionnaire


Avant de regarder Ivan Illich avec des étiquettes limitatrices en matière de diplômes et de profession, il faut en capter l'esprit. C'est avant tout un passionné de la vie, un cerveau puissant, un surdoué dont la précocité est visible dans son enfance, mais surtout un grand réaliste super-lucide. Cette qualité a par ailleurs fait de lui un transdisciplinaire d'avant-garde puisqu'il était transparent sur le lien logique entre toutes choses, tous niveaux de la Réalité, sans la couper dans des domaines de manière fractionnée et compartimentée. En cela, Illich était très singulier. 

Ses travaux sur l'école, la santé, la convivialité, l'énergie ont eu un retentissement international rayonnant sur plusieurs niveaux interdisciplinaires. Plus connu pour ses ouvrages Une société sans école et La convivialité, ses écrits et conférences ont lancé de féconds débats dans de nombreux pays. Il est, encore aujourd'hui, très apprécié par nombre d'intellectuels, d'enseignants, de travailleurs de la santé également. 

Quelles fonctions a-t-il occupé ? 

Il a travaillé dans la recherche en cristallographie, en histoire (doctorat), en philosophie, en théologie. Il parlait 12 langues dont 8 couramment. Prêtre catholique durant quelques années avant d'abandonner le sacerdoce, rebelle (par lucidité), il a été mondialement connu pour sa critique des autorités, institutionnelles sous toutes leurs formes, même ecclésiales. Il dénonçait les incohérences et fonctionnements corrompus des institutions de la société et prédisait le futur de la marche du monde avec lucidité. En effet, notre monde actuel est exactement à l'image de ce qu'il avait prévu en son temps. L'individu est devenu esclave de la machine institutionnelle globale, la personne étant donc destituée de ses fonctions relationnelles et de ses possibilités de connaissances pluridisciplinaires, utiles au quotidien. L'humain est devenu l'instrument du productivisme (qui s'assimile au capitalisme), à commencer par les savoirs scolaires vectorisées et contraints par la grande institution qui dirige la globalité humaine vers sa capitalisation marchande. Ainsi, les savoirs sont une marchandise qui fait de l'humain un objet profitable dans la machine productiviste. L'école est justifiée seulement par le maintien du pouvoir public. Mais l'humain reste pour autant peu instruit, très pauvre en vrais savoirs, ceux qui sont vraisemblablement utiles au sein même de nos existences. Il a aussi souligné le sérieux manque de temps pour les réflexions personnelles qui mènent à l'autonomie et à la responsabilité personnelle, hors de tout cadre dogmatique, et à l'expérimentation même des savoirs ou savoir-faire. 

Un exemple : la médecine est devenue tellement professionnalisée et institutionnalisée que l'individu est incapable de porter assistance à une personne gravement blessée ou malade. Ainsi beaucoup meurent parce que les gens ne connaissent pas les signes d'un cas d'urgence et qu'ils ignorent souvent les gestes à administrer. Mais aussi l'individu délègue toutes les décisions au monde professionnel et se déresponsabilise de la connaissance de sa propre santé, de son propre corps et des ressources individuelles qui permettraient de gérer certains soins pour lui-même et pour d'autres. Tel défaut d'instruction s'applique à d'autres domaines de la vie. L'ignorance gagne les sociétés. Nous pouvons aussi penser, entre autres, au manque de connaissances sur le plan individuel et groupal de répondre à une catastrophe climatique, par exemple.  

Mais surtout, pour revenir sur l'institution scolaire, Illich fait ressortir le caractère de l'école : c'est une usine. 

"L'école est l'agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est." Ivan Illich 

Concrètement, il préconisait la formation de réseaux de savoirs que les individus peuvent organiser entre eux, rendus responsables de leurs apprentissages et de la prise en charge des échanges de compétences. C'est ainsi l'inverse de l'institution qu'il qualifiait de contre-productive. Tandis que cette dernière rend l'individu passif, le principe de conscience autonome le rend actif de lui-même, donc responsable. 


Enfin, Illich a activement participé à des missions humanistes et culturelles, notamment en Amérique du sud. Par exemple la co-création du Centre Interculturel de Documentation (CIDOC), au Mexique. CIDOC est un lieu de rencontre pour de nombreux intellectuels américains et latino-américains qui réfléchissaient au problème de l'éducation et de la culture. Le centre proposait des ateliers sur des thèmes sociaux et politiques ainsi que des cours d'espagnol. Il proposait à qui le souhaitait d'apprendre autrement. Une bibliothèque prestigieuse y était mise à disposition. Via ce centre, Illich dirigeait des séminaires consacrés aux alternatives institutionnelles alors que la société devenait de plus en plus technologique, productiviste, dans sa course pour le progrès. 


Ses ouvrages les plus connus :

- La Convivialité

- Libérer l'avenir

- Némésis médicale

- Une société sans école

- Le Chômage créateur

- Le Travail fantôme

- Énergie et Équité



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Tuesday, 6 April 2021

Les joies de la pensée libre et autonome



Les joies de la pensée libre et autonome


Plus on active l'esprit critique et l'on écoute son intuition, et plus on élève sa conscience. 
Avec une lucidité toujours plus sensible, on a alors de moins en moins besoin de sécurités apportées par le groupe, à savoir les idéologies, doctrines figées, opinions biaisées, dogmes, superstitions en tous genres. 
L’axe central est le sens de la vérité. Peut-on dire qu’on est toujours en capacité d’être en vérité ou que tout le monde puisse l’être ? Il semble bien que non, puisqu’on veut parfois se raconter des histoires, mettre dans la tête les filtres qui nous arrangent. C’est surtout par habitude puisque la société de l’image et de la surconsommation nous met des idées en tête. Cependant, seule la vérité libère. Et plus on aime la vérité, plus on est lucide, et plus on a le privilège de devenir maître, maître de soi. C’est alors qu’on peut parler de véritable pensée libre et autonome.
 
On entend dire que les plus lucides vivent un sentiment de solitude. C’est vrai mais pourquoi ? Parce que les humains de notre société industrielle commencent à peine à remettre en question ce que nous prenons pour acquis. Alors ceux et celles qui se sont réveillés forment une minorité. Le fait de ne point adhérer à des groupes idéologiques ou à une vision commune de ce que devrait être la vie est une marque de courage. En effet, en état seul, en se tenant debout tout seul, on ne dépend pas de l’approbation de l’entourage, on peut même être incompris, voire mis à l’écart à cause d’une vision de la vie qui diffère. Quand on se tient debout tout seul, le surmoi idéologique du groupe n’a pas beaucoup d’effet. En tout cas, les penseurs autonomes feront des choix conscients. 

Le grand avantage pour un autonome, malgré un éventuel sentiment de solitude, c’est que l’intelligence s’affine parce qu’il puise dans ses propres ressources la compréhension de la vie et du monde. C'est donc bien le marqueur de la capacité de se faire intimement confiance, confiance en son jugement, en son bon sens. C’est la capacité de sentir clairement ce qui est juste.  Ainsi on ne court pas le risque de se plier aux volontés de quelqu’un d’autre qui bousculerait votre intégrité. Dès lors que quelque chose ne parle pas à notre cœur, il faut mettre le frein. 

L’autonome est un aventurier de l’esprit. Il n’a pas peur de sortir des sentiers battus, car c’est plus fort que lui. Il semble même que ce soit un devoir pour l’être humain de découvrir la vie, la démasquer, en étant maître à bord de son bateau. 

Le monde ne serait-il pas plus mature et harmonieux si les gens étaient encouragés à exploiter librement leurs facultés multiples et leur intuition ? Un monde où l’on n’a pas à se vendre et où l’on préserve son intégrité sans concessions ? 

Tout est déjà dans l’enfant. Notre perception fine des choses, surtout notre lien au vivant, sont particulièrement accrus durant notre enfance en comparaison avec notre perception d’adulte, devenue (trop) sélective. Préservons cette fraîcheur innocente et cette curiosité insatiable.  

Les autonomes ont conscience de leur force d’âme. Ils font le tri selon leur appel intérieur, inspirés par ce qu'ils sentent comme étant juste et logique. S'ils travaillent dans de hautes sphères, ce sont des innovateurs. 

Ces esprits-là sont rassurants, dans le fond. 


Un petit bémol pourrait s’immiscer dans l’attitude du « rebelle à tout prix », la personne qui n’a pas trouvé sa force d’âme et son intuition mais qui se rebelle pour l’art et la manière. C’est là cultiver une image de soi, une caricature. Dans ce cas, on se dit "électron libre" mais l’est-on vraiment ? Lorsque nous sommes encore dans une phase où nous manquons de rationalité et d'enracinement, nous sommes instables, mais nous le cachons avec le masque caricatural du rebelle. Quant à l’inverse, la personne trop rationnelle, elle ne saurait faire sans une sécurité renforcée. On se dit rationaliste mais l’esprit ressemble à un carré ; il ne laisse aucune place à la question abordée par exemple par Einstein, Gandhi et bien d'autres : Dieu. Une autre forme de sécurité à carré fermé est celle donnée par les doctrines qui dynamisent des systèmes de superstitions. Ces systèmes sont bien armés, ils n’invitent pas le doute et ils sont impressionnants car un manquement à leur pratique ferait sentir la menace de l’enfer. 

Les idéologies fonctionnent comme un surmoi qui pense à votre place et vous infantilise. Où est la réflexion et l’autonomie dans ce cas ? Comment espérer devenir un peuple d’individus matures et responsables ? 

Les penseurs autonomes sont des consciences ouvertes. Ils se laissent aller à un peu de folie pour oser explorer la réalité, l’imagination, la créativité. La conscience ouverte est inspirée par la quête de vérité, telle qu'elle est, et non celle qui l’arrange. C’est peut-être une quête sans fin, mais qui apporte ses éclairages le long du chemin. Le chemin, il faut le vivre. 

Il y a plus d'humilité dans le questionnement que dans l’opinion trop affirmée. Il y a plus de sagesse lorsque nous sommes conscients que nous ne sommes pas dans le monde pour prouver que nous savons, mais que nous y sommes pour apprendre ce que nous ne savons pas. Nous nous souvenons alors d'une parole de Jean Piaget : "l'intelligence ce n'est pas ce que l'on sait, c'est ce que l'on fait quand on ne sait pas". 

Les esprits autonomes ne se figent pas dans des croyances d'emprunt en vue d'une stabilité psychologique, car ils sont stables en eux-mêmes, enracinés dans une force d'âme, tout en dynamisant les transformations nécessaires. C'est cela l'aboutissement d'un réel apprentissage qui ne s'arrête jamais. S’interroger, se remettre en question quand nécessaire... 
L’opinion facile, quant à elle, n’a aucun bien fondé. Elle découle d’un esprit paresseux qui prend des raccourcis. L’esprit non autonome n’est pas fluide ou souple, il est résistant, figé, sclérosé. Il est passif devant ses propres croyances, ses acquis, conditionnements et quelque surmoi idéologique.
  

Pierre Curie communiquait, pour définir la pensée autonome, l'image de la toupie : elle tourne sur elle-même produisant sa propre énergie. Il prônait cette aisance de penser par soi-même. Il était ainsi, incapable de suivre les protocoles de l'école, peu enclin à se laisser conditionner, en mémorisant sans se poser de questions. Avec son esprit contemplatif, il avait besoin de prendre du temps pour explorer chaque sujet et les éléments qui le composent. Il passait parfois pour lent, mais c’était simplement un incompris. C'est pourquoi il a fallu que ses parents l'instruisent à la maison jusqu'à qu'il fût prêt à passer le bac en candidat libre à l'âge de 16 ans. Cela lui a évité l'échec et il a donc pu intégrer la Faculté des Sciences à Paris. Il a innové en alliant recherches fondamentale et expérimentale. Avec son épouse Marie, il reçut le prix Nobel de physique en 1903 pour leurs découvertes en radioactivité. D’après Marie Curie, l’école traditionnelle aurait pu conduire Pierre Curie à la restriction de ses potentiels et donc à l’échec intellectuel. 
Après la tragédie de la mort de Pierre Curie à l’âge de 47 ans, Marie fonda, avec l’aide de ses chers amis et collègues, une « coopérative scolaire » pour offrir à leurs enfants l’opportunité d’apprendre avec cette liberté nécessaire de penser, d’explorer, de chercher. Cette aventure dura quelques années, très mémorables d’après les témoignages des anciens élèves. 
 

Oui, l'effet toupie me plaît bien. 
Debout la toupie ! 





Les Carnets de Lynn ©2020 Droits d'auteur réservés 







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Monday, 5 April 2021

Les personnes douées et lucides


Quand le monde veut vous faire entrer dans des cases alors que votre esprit ne peut pas se laisser compresser



avril 2019


Nous avons le devoir de le dire, l'annoncer, le dénoncer même, un certain nombre d'enfants et adultes doués, profondément sensibles et lucides ont tendance à ramer pour se faire une place dans le monde. Combien vous diront qu'ils ne se sentent pas bienvenus ici-bas, ayant la sensation d'être comme des étrangers incompris ? 
Il serait grand temps que la société reconnaisse ces intelligences atypiques et qu'elle veille à leur intégration sociale (éducation et profession), cela sans essayer de les forcer à se sur-adapter et à se dénaturer. 

Devant tel paradigme d'étrangeté et l'expérience du rejet connue par certains individus, vous ne serez peut-être pas étonnés s'ils décrètent qu'ils sont d'un autre monde. Auraient-ils préféré être sur une autre planète, dans un monde où les consciences sont plus évoluées? Certainement. Mais en attendant, il faudra apprendre à apprécier cette vie terrienne. Si nous sommes ici, ce n'est pas par hasard. 


Facile à dire, je sais. Si vous êtes actuellement en souffrance, vous avez peut-être du mal à croire qu'on puisse avoir une vie merveilleuse ici-bas. 

Nous pouvons avoir grandi dans des environnements peu propices à notre réalisation personnelle, nous pouvons avoir été souffrants, énervés, marginalisés, restés sur le côté de la route de la société, il n'empêche que nous pouvons toujours nous mettre en marche, à petits pas, même un par jour. 
Quand bien même nous nous sentirions désolés de n'avoir point fait le nécessaire pour suivre des cursus qui correspondent à nos facultés, nous avons des ressources insoupçonnées. Nombreux sont les exemples de personnalités qui se sont fabriqué des vies extraordinaires sans diplômes universitaires par exemple. Elles ont démontré à quel point l'humain est capable d'imagination et de créativité... 

Quel que soit votre âge et votre situation, ne croyez pas que vous en êtes au ratage total. Ne l'oubliez pas, la vie a des ressources étonnantes. Nous avons tous des ressources insoupçonnées. Il s'agit simplement d'accepter sa propre beauté intérieure, source de rectitude et de force d'âme. 


Que dire des rêveurs frustrés ou des voyageurs en quête de fuite de la réalité ?
Parfois rêveurs, certains individus d'une grande intelligence s'imaginent dans des métiers de pointe alors qu'ils n'ont pas les diplômes et la maîtrise des connaissances requises. Ils mettent leur énergie et leur pensée sur des idéaux qu'ils regardent de loin. Ils se comportent en rêveurs frustrés. À moins de percer en tant qu'autodidactes, entretenir des fantasmes jusqu'au bout n'est que perte de temps. 
Il est vraiment dommage de s'enfermer dans des fuites. Et dire que des gens passent leurs journées sur des jeux vidéo... 
Quand vous rencontrez telles personnes, vous vous dites qu'il serait temps qu'elles grandissent et qu'elles se fassent une vie, une vraie, au lieu de la penser. 
Et vous n'aurez pas tort. On comprend le désir de fuite, mais quand même... Quel gâchis!


J'aime le pragmatisme. J'avoue cependant que j'ai été un peu comme ces personnes. Dans le passé, j'ai rêvé de ce que je ne pouvais pas avoir. Cependant, motivée par des désirs de grandes réalisations, j'ai accompli des choses originales, par exemple l'écriture d'une pédagogie pour les collèges, que j'ai transmise à un conseiller du ministre de l'Éducation nationale, sur rendez-vous. De temps en temps, je faisais des petites choses audacieuses de ce genre. Et j'en ferai encore, car en tant que citoyens, nous ne devons pas nous gêner pour transmettre des idées pragmatiques... C'est même un devoir d'État. 

Rien de tel qu'une vie stable cela dit, notamment quand on la choisit ! En effet, on apprécie de savoir sur quoi compter. Les idées c'est chouette, ça peut servir aux autres, mais c'est un long travail qui ne reçoit point salaire, sauf quand on a le privilège d'en faire un métier. 

Alors que faire quand vous avez le don des bonnes idées, poussé par votre extraordinaire lucidité? 

Il est difficile à ces âmes d'aller s'ennuyer sur d'étroits rivages quand ils pourraient contempler de vastes et splendides paysages. 

Esprits vifs et passionnés, ils ont une énergie à revendre, des exigences élevées et l'inconvénient d'une mémoire émotionnelle forte. Ces propensions peuvent poser problème à ceux et celles qui sont bloqués dans de drôles de dilemmes pouvant être anxiogènes. Si les chevaux de l'intelligence ne sont pas canalisés, on sait ce que ça donne. Tant d'énergie avec comme base le sentiment amer de l'échec, c'est encore voué à l'échec. Ça tourne en rond. C'est contre-productif. 
Puis il y a cette tentation de faire des choses pour prouver qu'on est quand même quelqu'un de bien et qu'on n'est pas un raté ou un "branleur". 
D'abord, il faudrait se rendre compte qu'on n'a vraiment rien à prouver. On n'est pas né pour prouver quelque chose. Avoir à prouver... quelle tension ! Ce n'est pas reposant, c'est même maladif. Par contre, penser et agir dans un état de paix, c'est beaucoup mieux. Le ton de vos dialogues change, c'est comme une musique qui s'adoucit. 

Tout de même, que se passe-t-il quand on est mené par des états de frustration? J'observe les situations suivantes : 
Soit on fait un métier duquel on n'est franchement pas fier, du genre peut-mieux-faire, et l'on essaie de se justifier en se gonflant de par ailleurs, comme pour se rattraper, et l'on fait comme la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf (allusion à la fable de La Fontaine), soit on est chômeur, on traîne, et l'on dit que c'est la faute de la société ou de tous ces abrutis, etc. 
Ce sont des cas que l'on retrouve assez régulièrement chez les personnes douées mais qui vivent comme des sous-douées, si vous me passez l'expression. 


Bref, je dirais qu'il n'y a pas que le monde professionnel dans la vie. Il y a l'amour aussi, nourriture non négligeable, il me semble. De plus en plus de bouquins et de vidéos YouTube vous disent qu'il suffit de vous aimer vous-même et que c'est bon, vous n'avez plus besoin de personne. Waw! Quelle trouvaille! Ce sont des génies, les gars (ironie, vous l'avez compris). Alors okay mais allez dire ça aux enfants qui apprennent chaque jour de leur existence qu'ils n'ont pas la permission d'être qui ils sont à leur manière, avec leurs dons, leurs perceptions, leur lucidité, leurs questionnements. À présent imaginez comment l'enfant "cassé" devient adulte... Il aura développé un système de croyances induit par l'incapacité de se faire aimer, coupable de ce qui n'est pourtant pas de sa faute. 

Alors apprendre à s'apprécier soi-même, oui, mais pas sans les autres. L'humain se construit au contact des autres.  
Vraiment, je crois que l'accueil de l'Autre tel qu'il est, c'est hyper important pour qu'il soit une âme debout. Chacun a besoin d'amour et de reconnaissance pour grandir. Et d'un cadre bien-sûr. Amour et discipline vont de pair. L'enfant attend cela pour apprendre à travailler en vue de développer sa quête. Il a besoin d'avoir confiance en lui et de poursuivre ses objectifs. 
Patience et persévérance toujours! Valeurs démodées à l'heure où l'on fait croire que tout est apporté sur un plateau en quelques secondes. Ainsi on réclame des droits et on oublie le sens du devoir. 
La génération d'enfants gâtés ne fait pas bon ménage avec amour durable et relations sincères. 


L'écoute, le soin attentif, c'est primordial. Non seulement il y a des gens qui ne savent pas écouter (parce qu'ils veulent que ça aille dans leur sens ou bien parce qu'ils n'ont pas le temps, ou encore parce qu'ils n'ont pas appris), mais toute institution crée des cases, des étiquettes, des mythes, superstitions et croyances. Alors dites-moi comment les enfants lucides et vifs d'esprit pourront trouver leur place dans ce bordel si ce n'est en se mentant à eux-mêmes? 
Comment faire semblant d'apprécier des idées illusoires? Dur dur... 

Yuval Noah Harari a très bien expliqué dans son livre Sapiens: A Brief History of Humankind quel était le berceau de notre humanité. Ce sont bel et bien des mythes (dont certains sont rocambolesques) qui ont organisé la sédentarisation des peuplades dans une espèce de tradition idéologique sur laquelle tout le monde s'accordait et se reconnaissait. Notre société vient de là. À mon humble avis, elle a besoin de faire quelques révisions.  
Je fais un bond dans l'histoire. Après le cartésianisme, le rationalisme qui analyse tout (l'analyse procède en disséquant les parties d'un tout) et rejette tout ce qu'on ne voit pas avec les yeux d'humain, le monde dit moderne est tombé dans le désenchantement. 
Désenchantement du monde? Oui, malheureusement et heureusement. 
Malheureusement, parce que la montée de la fragmentation, de l'individualisme, de l'image (médias) et du consumérisme sont devenus les nouveaux mythes de notre civilisation et ils ne font pas bon effet... Vous avez pu faire moult constats: perte du sens de la famille, de l'entraide, de la parole donnée, du respect des anciens, l'isolement des personnes, etc. D'autres idées? Continuez la liste. 
Si l'on résume cela en peu de mots, il s'agit de perte de sens tout court. L'ontologie du réel a du mal à se frayer un chemin dans un monde désormais superficiel et voué à mille divertissements inventés par des commerçants toujours plus astucieux. Car il faut bien qu'on gagne sa vie, comme on dit. 
Heureusement, la perte de magie enchanteresse était peut-être un mal salutaire et inévitable. Il y a eu tellement d'abus commis par des autorités servant de surmoi aux braves consciences... Il y avait trop de superstitions et pas assez de rationalité. 


Hommages à André Brahic (1942-2016), astrophysicien français, qui participa activement au réenchantement du monde grâce à la science qui nous émerveille et déconditionnera peu à peu les foules des superstitions et de l'obscurantisme, disait-il. 


André Brahic


Ce qui nous intéresse ici, c'est que la société permette aux gens de développer leur propre intelligence et leur conscience, de manière à approfondir le lien à la vie, au monde, à soi. Je crois sincèrement que dans ce cas, un gain de sagesse serait possible. 

C'est cela l'avantage de l'individualité positive engendré par le mouvement des Lumières et de la Raison. Je me réfère ici à une forme d'individualisme qui n'est pas à confondre avec l'individualisme forcené. Il s'agit de la permission d'être soi: une conscience autonome et responsable. 

Et si l'on est un X-man, alors on est un X-man. Ceci est une métaphore et elle suggère qu'il est logique et juste de laisser vivre les humains avec leurs qualités et leurs forces mais aussi leurs limites du moment (rien n'est figé). Et justement, plus vous les forcerez à entrer dans des cases, plus vous les handicaperez. Même s'ils mettent un masque et tentent de se normaliser, même s'ils réussissent dans la vie et dans les apparences, ils bouillonnent à l'intérieur et ça finit par leur éclater au visage tôt ou tard. Le plus tard serait sur leur lit de mourant, à l'heure du bilan. 

Si nous sommes semblables par le génome Homo sapiens moderne, nous sommes cependant singuliers et donc uniques. 
N'essayez pas de copier les autres ou de croire en quelque chose sans avoir vérifié. Soyez chercheurs de vérité. C'est ainsi que l'on devient des hommes et femmes de conscience, prêts pour le grand réveil. 
Le monde pourrait ainsi se réenchanter... 


J'ai foi dans les gens qui ont une force d'âme assez grande pour être autonomes et honnêtes. Il s'agit d'une rectitude qui me plaît bien. Ils osent être seuls à avoir raison face à un groupe d'individus, et ils ne plient pas. L'abbé Pierre prônait telle posture. Ils nous y encourageait. 

Eh bien, les gens fragilisés par une vie de solitude à cause de leur lucidité et de leur intellect ont de la chance dans le fond: ils finissent toujours, ou presque, par se redresser et se trouver bénis par la vie. L'équilibre revient en force et là, tout est possible. 

En attendant, ne nions pas les souffrances que sont les leurs. Il n'est pas rare que l'idée du "soulagement ultime" traverse l'esprit de certains d'entre eux: le suicide. Mettre fin à sa vie s'avère être une difficile décision, car toute personne est en droit de penser avec conviction qu'elle est quelqu'un de bien, d'extraordinaire et qu'elle porte en elle quelque chose de sacré. C'est pour cette raison qu'il est dommage de commettre le suicide. Dans le fond, le souffrant doit le savoir mais à un certain stade, la vie sur Terre lui semble intolérable et vouée à l'échec quoi qu'il en soit, notamment dans les domaines relationnel, affectif ou professionnel, ou encore les trois simultanément. 
Qui pourrait dire que tel ou tel mérite de disparaître? ou qu'une belle personne ne soit pas estimable? Pourtant, il semble que le monde ne veuille pas ou ne puisse pas reconnaître les qualités là où elles sont, puisque c'est la rentabilité du marché qui importe... C'est la capacité de chacun à s'adapter à la loi du marché qui est valorisée. Donner le temps aux enfants de s'initier à la vie, cela ne fait pas partie des priorités. C'est une vraie contradiction quand on pense que l'intelligence, c'est le savoir être et le savoir vivre! 

Le monde tel que nous le connaissons dans nos contrées dites "civilisées", vous demande de correspondre à des schémas qui ont été conçus pour une majorité qui rapporte... Encore une fois, nous sommes dans la rentabilité du marché. 

Je me souviens alors du très apprécié Ivan Illich (1926-2002), sociologue, scientifique et prêtre anticonformiste. Voici un de ses aphorismes: "L'école est une agence publicitaire qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est." (Une société sans école, 1971) 

Ivan Illich

Si j'avais des enfants, j'avoue que cela m'attristerait de limiter leur vie à la préparation perpétuelle du futur dans une usine à savoirs livresques, où ils seront évalués par rapport à leur capacité de répondre à ce qu'on leur impose. Leurs propres curiosités et questionnements seraient toujours remis au lendemain. 
Pas étonnant que certains s'amusent en classe au lieu d'être attentifs ou que d'autres s'y endorment. Peut-être aiment-ils apprendre, mais pas dans la contrainte scolaire (usine). 

Le problème est l'intégration sociale des divergents lucides qui n'ont pas réussi à s'insérer dans le système. Des efforts sont à faire pour que toute personne se sente bienvenue dans la société et ait accès à une fonction qui ait du sens. Puis la société a besoin d'originaux et d'innovateurs. 

En attendant, de nos jours beaucoup de gens dont l'excellence est indéniable ne parviennent pas à se rendre utiles tout en gagnant un salaire. Ces minorités se débrouillent pour survivre, avec leur pensée divergente et un autre rapport à la vie, un sens de la vie qui ne correspond pas à l'idée généralement admise. Par exemple le monde des faux-semblants, l'obéissance aveugle, la combativité pour la survie individualiste au détriment de l'intérêt général. 

Le divergent ne vous pose-t-il pas un défi avec cette interrogation: au nom de qui, au nom de quoi les humains font tout ce qu'ils font? Par qui les règles ont-elles été imposées pour que nous soyons obligés de les suivre et oublier qui nous sommes?
Il est peut-être plus facile d'oublier qui l'on est, pour certaines personnes, mais cet exercice est bien difficile pour un être qui aime le sens, la profondeur, la vérité, animé par la passion de la vie. Il sent que la vie l'appelle, la vraie. Mais où aller dans ce cas? 


Albert Jacquard (1925-2013), célèbre généticien et humaniste français, prenait la défense des laissés-pour-compte de la société (terme qu'il employait). Il a exprimé l'urgente nécessité d'innover dans tout le système éducatif, et il a remis en cause les dogmes sur la définition de l'intelligence. 

Albert Jacquard

Son interview 
"On est en train de sélectionner les gens les plus dangereux" :

Son discours "la vraie intelligence" :


Alors n'oublions pas: la société, c'est nous! Chacun à notre mesure, nous pouvons agir dans nos communes, en nous insérant dans la politique, l'organisation des écoles, des collèges, des entreprises, la vie municipale, etc. 


Masque social, compétition, comparaison, normalité, homogénéité, peur de soi, peur de l'Autre... ce sont de vils facteurs anxiogènes qui ne feront pas grandir l'Homo sapiens
Par contre, sagesse et science sont des vecteurs souhaitables d'évolution. La lucidité et le réalisme (ou superréalisme) sont à mon avis les principales postures à enseigner avant de bourrer le crâne aux gens dès leurs plus jeunes années. Forcer des individus à "bouffer" du savoir standardisé, ça n'a jamais rendu personne intelligent. C'est bien connu. Idriss Aberkane fournit beaucoup d'arguments allant dans ce sens dans son ouvrage Libérez votre cerveau - Traité de neurosagesse pour changer l'école et la société


Les intelligents sont des chercheurs, des aventuriers de l'esprit, ils osent le doute pour aller plus loin dans la quête de vérité sur l'Univers, l'espace, le temps et le sens de l'existence. 

Pourvu que nous sachions aussi regarder au-delà des apparences et aiguiser notre regard sur la vie, conscients de nos impacts sur notre environnement, proche et lointain. Tout est relié. 


Pour conclure, je dirai simplement que, si vous vous trouvez parmi la minorité, si vous avez l'impression d'être un "alien", j'espère que vous ne vous nourrirez pas de haine ou de rancunes, voire de désirs de vengeance salée envers les gens qui ne vous ont pas compris, voire démolis. Car en vous nourrissant de haine, vous vous vengez sur vous-mêmes, causant des dégâts sur votre santé mentale et physique à la longue. 
Laissez ces gens derrière, je ne sais où dans les oubliettes, et "move on" comme on dit chez les anglophones (avance, va de l'avant). 
En réussissant votre vie selon l'appel de votre cœur, en devenant des gens joyeux et épanouis, vous aurez pris votre revanche pour vous-même. 


Les Homo sapiens sont ce qu'ils sont ; on fait avec, de près ou de loin, en gardant à l'esprit qui l'on est. 
J'estime que l'on doit être soi, sans concessions. Quand on se laisse glisser dans le monde des concessions, on devient corrompu, on manque de loyauté envers soi. Alors on marche bizarrement, un peu comme si l'on avait mal au derrière... Pourvu que cela ne devienne pas une habitude. 
Par contre, si l'on parvient à rester intègre jusqu'au bout, on est un don pour l'humanité. 


Enfin, une question mérite d'être exposée. Est-il possible que des individus aient déjà muté vers une nouvelle variété de l'espèce? À vous de me le dire. Personnellement, je pense qu'il existe un ou plusieurs groupe d'individus assez différents pour considérer telle possibilité. Il se peut que ce soient des individus peu intéressés par le système de récompense ou encore le mimétisme des désirs et besoins. 

Quoi qu'il en soit, il existe une force intrinsèque de la personne autonome, lucide et consciencieuse: le courage. Et si le prix à payer est d'être seul et pauvre, alors ainsi soit-il. "So be it". Après tout, un sage avait dit: 
"A quoi bon vouloir gagner le monde si vous venez à perdre votre âme?"

Mais je suis certaine qu'on n'est pas seul. Si vous avez aligné votre esprit et votre âme, vous êtes dans la rectitude. Et si vous êtes dans la rectitude, la roue de la Providence tournera en votre faveur. Vous tomberez sur des gens qui vous ressemblent. 
Louis Pasteur disait "la chance favorise les esprits préparés". Une condition s'impose cependant: il est nécessaire d'être à l'écoute de son instinct et de son intuition, et de se mettre en mouvement pour aider les choses à venir à soi. 

"Aide-toi et le Ciel t'aidera". 





Lynn Silvia de Curral ©2019 Droits d'auteur réservés


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#neurodivergent
#hautpotentiel
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Sunday, 4 April 2021

Quelques dessins



Ceci est une photocopie du dessin que j'avais fait. C'est ma nièce qui avait alors 1 ans et demi.



Un chanteur que j'ai vu à la TV portugaise (RTPI). C'était Chico César.





Abbaye En-Calcat


J'apprenais à dessiner, devant l'écran télé, la pause sur le film "Edward Scissorhands"




Caricature de Gainsbourg faite rapidement en plein cours, classe de 2nde.
Il me reste juste cette veille photocopie
car j'avais offert l'original à ma voisine de cours.



Ca aussi, ça occupe pendant qu'on est en classe.

Thursday, 1 April 2021

La vie des génies: Et si vous étiez concerné…



La vie des génies : et si vous étiez concerné(e)...


Le génie ou l’hyper-lucidité dont vous pouvez être dépositaire a cela de bénéfique que vous connaissez les joies de l'esprit : vous trouvez la vie passionnante et illimitée. Mais ce qui semble être un privilège s'avère être par moments une situation à double tranchant, lorsque vos perceptions vous donnent le sentiment que tout est vain, devant le théâtre d’un monde trop superficiel peut-être. Et la responsabilité, pour ceux et celles qui se chargent de mettre du sens dans ce monde, est parfois pesante. Ils ont envie de légèreté parfois, d'insouciance. 

Le génie créatif dont vous pouvez être dépositaire aurait donc un prix. 

Devriez-vous vous rendre coupable de ce sentiment de vanité ? Non, bien-sûr, car ce sentiment est chose naturelle quand la porte de la perception s'est ouverte. 

Quand bien même vous auriez touché du doigt l'éternité, il faudra s'en retourner au pays des terres basses, là où l'action se déroule, sous l'œil de la sentinelle du Temps. 

C'est alors que vous devenez actif ou passif. Si vous êtes actif, cela signifie que vous êtes acteur donc créateur. Il y a beaucoup à faire, certes, une montagne. Vous pouvez avoir par moments l’impression effroyable que vos empreintes seront toutes petites et insignifiantes, voire inutiles, devant l’immensité de l’histoire de l'Homme. Mais sera-ce une excuse pour ne rien faire ? 


Il est naturel aussi que votre génie vous emporte dans une solitude plus ou moins grande, écrasante parfois. L’âme des poètes écorchés vit souvent entre deux mondes, marchant au bord d’un rift continental dont la profondeur est vertigineuse, ressemblant au néant. 



Et si la mélancolie vous envahit au risque de la folie, souvenez-vous de ceci : Dieu aime les fous. Il aime ceux qui sont assez fous pour vivre, assez audacieux pour exister malgré les hostilités.
Et quel soulagement quand vous réalisez que la folie du génie a ce don d’éveiller le monde parce qu’il est des folies qui libèrent celui ou celle qui en est dépositaire. Après tout William Blake n’avait-il pas raison en disant : «Si le fou persistait dans sa folie, il deviendrait sage» ? 


Génie ? Sage ? Que sont ces mots ? Bien que chaque personne puisse y donner une définition relative, cela en fonction d’une position très relative, je tenterai d’y mettre une définition. 



Le génie - s'il est véritable - est une force de réalisme qui induit un élan de création dans le monde et pour le monde tel qu’il est, sans se faire d’illusion. 



Le sage est celui qui a compris qu’il n’a pas d’intelligence propre à lui-même. Il se fait si petit qu’il a assez de place dans sa coupe pour recevoir l’eau de la Connaissance, parce qu’il n’est pas plein de lui-même. L’eau de la Connaissance est la même chose que la pensée de Dieu, autrement dit, la conscience ineffable qui n’a pas de nom et en laquelle l’harmonie relie le tout en fraternité. 

Qui a bu de cette eau ne sera plus en quête d’autres boissons. Sa seule nourriture est la vie pure et infiniment profonde, sans rien que l’humain puisse y ajouter. 




Quoi qu’il en soit, même par des moments de lutte, les plus courageux continueront leur chemin jusqu’au bout, à la manière de passants qui n’ont que faire des gloires et honneurs de ce monde et qui pourtant auront donné matière à réfléchir, ne serait-ce qu’un peu. 

Souvenons-nous alors du discours de Pierre-Gilles de Gennes (prix Nobel de physique en 1991) reprenant le poème de Jean Daullé:



« Amusons-nous sur la terre et sur l'onde.

Malheureux celui qui se fait un nom.

Richesse, honneurs, faux éclats de ce monde,

Tout est bulles de savon. »





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Carnets de Lynn ©2020 



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