Wednesday, 22 August 2012

Une petite interview


- Tu parles souvent de génies tels que les Curie et Nikola Tesla. As-tu donc une tendance élitiste ou intellectualiste?
Lynn: Tu fais bien de poser cette question. En effet, j'aime donner des exemples, mais il ne faut pas oublier que ces hommes ont été des petits enfants innocents, qui avaient des failles et des qualités, comme tout le monde. Ce qui compte est que les enfants sachent trouver le chemin de l'excellence, non par échelles de comparaison, mais par rapport à eux seuls, en exploitant au mieux leurs talents. Je crois que la parabole de la lampe d'Aladdin qui contient un génie est applicable à tous. Et ce génie, je l'appelle Créativité.

- Tu te réfères souvent à ceux et celles qui ne réussissent pas à l'école classique. Pourquoi d'après toi?
Lynn: des élèves se croient idiots ou lents d'esprit parce qu'ils ne parviennent pas à se conformer et à apprendre par cœur; ils ne sont pas très obéissants face au système d'apprentissage établi parce qu'ils ont déjà leur propre curiosité, très "vivante" par ailleurs. Celle-ci conduit leur intelligence: leur sens de l'observation, leur plaisir de découvrir les mécanismes de la vie, leurs volontariat et une certaine indépendance dans l'apprentissage. Seulement, l'institution aligne tout le monde au même rythme au lieu de laisser faire un apprentissage en fonction de la dynamique de curiosité de l'élève. Ca devient une souffrance que l'élève ne comprend pas toujours, croyant qu'il est lui-même en faute, s'il ne se rebelle pas. D'où l'echec à l'école, voire dans la vie. Il n'est pas rare que dans ce cas ils manifestent de l'apathie et de la perte d'intérêt.

- Mais ne crois-tu pas que ces élèves sont particulièrement doués, avec un QI au-dessus de la moyenne? Dans ce cas, on ne pourrait pas généraliser tes principes d'enseignement pour tout le monde...
Lynn: D'abord, je crois en une école où l'on ne fait pas qu' "enseigner", mais à une école où l'on apprendre à vivre, à réfléchir, à se responsabiliser. Ensuite, je ne crois pas au QI. Ce n'est qu'un niveau. Si on se base dessus, on risque de rester sur un palier imaginaire, alors que le cerveau est très élastique. L'esprit est complexe, son développement dépend de beaucoup d'intéractions et d'une attitude personnelle. Par exemple, un battant qui cherche à faire toujours mieux a des chances de mieux réussir qu'un surdoué. Donc, la vraie question est COMMENT SE REALISER au mieux ! Je ne valorise pas plus un talentueux ébéniste heureux, qu'un astronaute astucieux. Les deux se valent, tant qu'ils se sentent libres.



- À partir de quels éléments proposes-tu une pédagogie?

LC: Je suis de ceux qui détestent le sens de l'autorité et de la contrainte sur lequel est fondée l'école conventionnelle. C'est comme se confronter à l'antagonisme « je n'aime pas l'école, mais j'adore apprendre. Comment faire? »
Récemment j'ai bien ressenti en travaillant dans un collège que beaucoup d'élèves étaient frustrés par de tels systèmes et ne parvenaient pas à se développer avec équilibre. Ce fut une souffrance de les voir ainsi, obligés à jouer le jeu basique, primitif, de récompense/sanction, de comparaison, de domination/soumission.
Il n'y a pas de raison logique de créer en eux des complexes soit de supériorité soit d'infériorité.


- Quelles sont les personnalités qui vous ont le plus marquée sur ton cheminement?

Lynn: C'est vrai qu'il y a toujours des gens qui vous passent le flambeau. Il y en a eu plusieurs. La première fut Jeanne d'Arc alors que j'en prenais connaissance dans le livre d'histoire en classe de CM2. On étudiait l'histoire de la France. Ce livre, je l'ai en ma possession car l'institutrice se débarrassait des vieux livres pour les renouveler, alors j'ai sauté sur l'occasion. J'avais 10 ans et je rêvais d'être un peu comme Jeanne d'Arc, c'est-à-dire être courageuse et défendre la justice. Ensuite mes rêves d'enfant se sont barrés je ne sais où, puis en 2007, j'y suis revenue grâce à l'abbé Pierre, prêtre français, alors que la télé annonçait le 22 Janvier sa mort et un grand hommage national à son égard. Comprenant qu'il était un héros, il me fallait à tout prix savoir qui il était, car je connaissais tout juste son nom. Juste avant la diffusion en direct de ses obsèques le vendredi 26 au matin, un documentaire de Patrick Poivre d'Arvor me montrait le visage de l'abbé Pierre (Henri Grouès), son œuvre, et surtout, ses paroles enflammées devant le public. Le choc! J'ai encore des émotions en parlant de ça. À partir de ce jour-là, il y avait quelque chose de plus, la chose la plus importante au monde. Et maintenant, je suis là.

Puis il y a eu Jiddu Krishnamurti, un philosophe mystique éducateur. Je me souviens de son charisme et de certaines phrases, dont celles-ci: "la vérité est un pays sans chemin."

Enfin, il y a Claude Lévi-Strauss, ethnologue père de l'anthropologie structurale. Je respecte beaucoup le fait qu'il était immensément curieux, comme un enfant habité par quelque sagesse, au point de vouloir comprendre ce qui différenciait les groupes sociaux et les rapprochaient. Et il ne se limitait pas à faire des théories comme certains le font, il faisait de longues expéditions dans la forêt amazonienne pour trouver au bout de grandes peines des noyaux humains jusqu'alors inconnus. J'y réfléchissais: après tout, pourquoi notre société serait la meilleure? …


Finalement, je n'avais plus besoin de modèle, je volais de mes propres ailes, à l'écoute de mon instinct.

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