Saturday, 28 July 2018

Hauts potentiels intellectuels - Le complexe de l'albatros (inhibition de l'intelligence)

Le complexe de l'albatros
Quand l’enfant s’interdit la liberté de voler dans les hauteurs de ces splendides paysages...




Le « complexe de l'albatros », c'est une expression utilisée par le docteur Alain Gauvrit, pédopsychiatre à Toulouse, qui a détecté un processus d'inhibition de l'intelligence chez certains enfants présentant des difficultés scolaires ou/et existentielles. Ce profil a ainsi été énoncé dans sa conférence de 2001 sous l’égide de la GARSEP (Groupe Académique de Recherche sur la Scolarité des Enfants Précoces) à Toulouse. C’est un processus par lequel l’enfant croit que ses facultés sont interdites et à bannir, avec une sensation de honte ou de ridicule. L’on pourrait dire que c'est comparable à un albatros qui s'interdit de voler dans les hauteurs et d'admirer les splendides paysages. 
Se défendre ou s’interdire ? C’est la question posée par le docteur Alain Gauvrit. 



C’est en 2008 que j’ai découvert l’article de la conférence sur internet, d’où le développement que je me permets de rédiger via le présent communiqué. 


Le « complexe de l’albatros » a été identifié en rapport avec les complexes de certains enfants à haut potentiel intellectuel. Dans le processus d'inhibition de l'intelligence, l'enfant cache son intelligence et colle sur son visage le masque du ridicule. Ce procédé est symbolisé par un albatros qui, volant trop haut en comparaison avec les oiseaux de l'entourage, se rogne les ailes pour être à la même hauteur que les autres. Sauf que, sans ses ailes, où va-t-il ? C'est la dégringolade. L'oiseau n'est ni albatros ni petit oiseau, il n'est plus rien, car il s'est interdit d'être l'albatros qu'il était. Et il est bien difficile d'aller s'ennuyer sur d'étroits rivages, comme il est difficile d'explorer de vastes paysages quand on n'a plus appris à voler depuis longtemps.



D’où vient l’interdit ? D’un côté il y a les inconscients familiaux, parfois empreints de messages cachés, de névrose, de dépression, de frustration, d’absence de miroir empathique ou d’absence tout court. D’un autre côté, il y a l’école qui peut donner l’impression d’une normalité établie et incontestable. Des paradigmes qui sont, par ailleurs, le vécu de tout enfant, et pas seulement celui des surdoués. Une histoire d’estime de soi un peu cassée...



Comment décrire ce complexe existentiel et identitaire ? L’albatros ainsi anéanti est comparable à un oiseau blessé qui s'est crucifié lui-même. Il se trouve grandement blessé de ne point pouvoir découvrir sa beauté intrinsèque, se croyant laid, et en conséquent intérieurement rongé, fâché, aigri. Cela représente une blessure narcissique dévastatrice, et à juste raison : nous savons que la pensée et la sensibilité des enfants précoces sont particulièrement exacerbées et donc ravageuses quand la vie affective/émotionnelle est mal vécue. C'est comme un violent cataclysme dans le cerveau, vu que celui-ci est de nature à tourner à 1000 à l'heure, comme on dit. Sauf que dans ce cas, ce n'est pas pour le meilleur. 



Qu’advient-il de ce grand oiseau blessé ? Depuis sa cage, il espère dans son secret que d'autres verront qui il est, le libéreront, le sauveront et l'encourageront. Car il ne saurait trouver sa propre force. Son énergie vitale est happée par sa fracture narcissique qui ressemble à un canyon. Si cela ne se produit pas, son fort système de croyances négatives peut l'anéantir pendant longtemps, voire pour de bon. Sa vie devient le reflet de sa pensée et de son émotivité : une complexité. La prédiction d’une vie d’adulte vouée à l’échec. En effet, s'il n'a pas appris à connaître son bon fond et à utiliser ses facultés, il se trouve coincé, il s'handicape en quelque sorte, en même temps qu'il prétend à des idéaux qu'il ne peut pas atteindre. Il en résulte qu'il est déraciné de son être profond. Le présent lui échappe, parce que ses yeux sont souvent comme des prismes brisés : ce sont des brassages mentaux conditionnés par des complexes psycho-émotionnels



Quel désordre !



Il est courant que ces enfants perdent de l'intérêt et développent des troubles de l'attention, avec ou sans hyperactivité (TDAH). Ce déficit n’est pas nécessairement génétique, il peut se développer lorsqu’un mal-être est sous-jacent. En effet, l’intelligence émotionnelle influence directement les facultés intellectuelles et la réalisation de soi. Une vie émotionnelle bancale entraîne une fatigue plus ou moins accentuée du système limbique et de la cognition. C’est aussi une conséquence sur la lucidité et la libido vitale, celle-ci signifiant l’envie de vivre, le désir d’être en vie et en mouvement

On peut aussi parler de troubles anxieux plus ou moins difficiles à gérer. 

Heureusement, cela se guérit. Les enfants à haut potentiel sont reconnus de nos jours. Ils bénéficient d'aide auprès de quelques associations pour enfants précoces, et de plus en plus de psychologues se forment pour répondre à cette population. 



Qu’en est-il du quotient intellectuel ? Il a été prouvé que ces enfants complexés perdent beaucoup de concentration et de capacité mnésique. Il en résulte que le Q.I. ne correspond pas à ses facultés réelles. Les résultats montrent généralement des tendances, par exemple des résultats hétérogènes, c'est-à-dire élevées en certains domaines et moins élevés dans les exercices demandant plus de concentration. Bien-sûr, on ne définit pas une personne par son Q.I.. 
Mais quand on les aide à sortir de leur cage d’oiseau et qu’on leur donne un environnement propice à leur développement, ils se réconcilient avec la vie et prennent confiance. Ils mettent leurs capacités d’esprit et de cœur en mouvement. Plus tard, les tests de Q.I. présentent une hausse significative, parfois un bond dans les résultats qui démontrent que ces enfants sont doués.  C'est ce qui a été prouvé par l'équipe du docteur Gauvrit. 
Si tous les enfants avaient la chance d’être détectés et accompagnés… Mais ce n’est pas le cas. 




Que se passe-t-il quand un individu maintient ce complexe d'inhibition dans sa vie d’adulte ? L’existence lui semble être une montagne insurmontable. Il grandit sans grandir. Son enfant intérieur reste bloqué sous les décombres de caillasses effondrées. Parfois il se motive, s’invente des raisons de vivre, sans parvenir à estimer son fond. Parfois il se noie, la main érigée hors de l’eau, juste au cas où un sauveur passerait dans le coin.
Pas de reconnaissance. Le sentiment d’être laid. Le syndrome du rejet. Une envie de mourir. Des idéaux trop grands pour un esprit peu entraîné et ignorant de sa nature véritable. Un travail qui l’ennuie. Une vie de chômeur. L'intellect est esquinté ? Il n’a pas fait de grandes études ? Le frustré reste sur la touche, il n’entre pas au club des hauts potentiels. 



Sortir de l’impasse ? Oui parce que le sujet de la douance n’est plus tabou. De nos jours, les aides existent chez les spécialistes. Les réseaux internet rassemblent ceux qui se ressemblent. Et le business en croissance exponentielle tire un bon profit de toute cette affaire...
Mais beaucoup trop restent isolés, seuls face au monde. 



Certes, la guérison est possible, même s’il faut affronter des batailles contre de vieux démons. C’est aussi un regard éclairé sur ses vieilles croyances et le courage de ne plus s’y accrocher. Car même la tristesse ou la mélancolie sont des sécurités. Les quitter, c’est risquer de s’illusionner et de tomber plus bas. Il y avait déjà ce canyon… 




Quelle clef peut ouvrir la cage de l’oiseau ? La connaissance des vastes paysages, c’est la clef. Car ces beaux paysages, ce sont ceux que l’on porte en soi, dans un mystère intérieur, dans sa grandeur. C’est la connaissance de soi et l’acceptation de tout ce qui est. C’est alors que les ailes peuvent se déployer, même si ça fait peur de sauter dans le grand vide. Faire le premier pas pour se montrer tel qu’on est, ça met le trac.
Mais il y a quelque chose de plus fort que soi : le choix entre vivre et mourir. Et quand on choisit la vie, la confiance en son destin, les ailes se déploient. C’est cela explorer avec joie sa liberté.
Il se peut qu'il y ait encore des luttes, des envies de laisser tomber. Le refus d'aller vers la lumière. Mais dès que l'humain comprend que dans la vie tout est possible, alors les choses deviennent plus claires et plus simples.


Je ne prétends pas que la route devienne subitement facile, car la vie est une épreuve. En certains moments, on se dit même que la vie est un champ de bataille. Et quand on se sent plus léger et qu'on risque tout pour aller plus haut, la vie est un jeu ou encore un défi.

Les marques du passé sont indélébiles, certes, mais l’individu peut composer avec ce qu’il est, avec son passé, son présent et son avenir. 

Puis il y a cette bonne nouvelle : bien que les albatros soient des spécimens rares, ils ne sont pas seuls, ils se rencontrent et se tendent la main. 


Que dire de l’éducation ? Beaucoup d'enfants sont privés de la pleine expression de leurs talents, de leurs dons naturels, de leurs potentiels. Hauts potentiels, divergents ou autres oiseaux, les enfants forment le monde de demain. Veillons à faire de sorte que les ailes de la liberté puissent se déployer en chacun des enfants. Après tout, en ce bas monde, ne courons-nous pas le risque d’être des oiseaux aux ailes interdites ?
La tâche éducative est une noble tâche.


Ma conclusion

Tout compte fait, chaque individu est un livre singulier. Quand il en prend conscience, il peut créer de nouvelles aventures pour son personnage. Bien que son roman puisse être un drame dans ses premiers chapitres, le créateur peut prendre la plume et inventer le cours de l’histoire en choisissant la scène et les personnages qu’il veut autour de lui. L’écriture du dernier chapitre sera comme une conclusion signée de la main de l’auteur. Il emportera avec lui les co-signatures de ceux et celles dont l’amour les a rendus réels.

J’ai parfois entendu dire que nos livres étaient déjà écrits d’avance. Est-ce bien vrai ? Il n’y a qu’un moyen de le savoir, en mettant la vie à l’épreuve !




Lynn Silvia de Curral ©






Le poème de Charles Baudelaire (1821-1867)

L'albatros



Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.



À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.



Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !



Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.




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Voici une version que j'ai trouvée sur le net par hasard, rédigée par Monseigneur Michel Dubost :
https://evry.catholique.fr/IMG/pdf/BN_2012-16avril_Le%20complexe%20de%20l'albatros.pdf