Thursday, 8 December 2016

Pourquoi des surdoués se font avoir par des pervers narcissiques ?



Dans le secteur de la douance, la relation PN-surdoué est un sujet qui revient de temps en temps. Il s'agit là d'un sujet dramatique qui suscite la curiosité d'un grand nombre de personnes. Soit parce que le sujet est à la mode, soit parce qu'on a réellement vécu ce genre de relation. 
Prenons quand même garde aux abus de langage quant aux étiquettes hâtives. 

Néanmoins, pour les cas réels, il y a quand même mot à dire, une analyse à dérouler pour comprendre le processus de ces relations néfastes, entre un manipulateur troublé - car c'est de cela qu'il est question - et quelqu'un qui est supposément pourvu d'un haut potentiel intellectuel (HPI). Précisons quand même que ce n'est pas seulement réservé aux HPI que de "tomber dans le panneau". 

A partir d'expériences réelles, je le précise, démantelons alors le processus afin de comprendre la racine du mal-être de chacun des deux protagonistes. Une fois la chose bien comprise, il n'est pas évident de se faire manipuler par qui que ce soit. 


Mon étude consiste à développer le pourquoi et le comment de ces relations toxiques. Il s'agira de reconnaître la problématique psychologique du PN, autant dans sa psychogenèse que dans le symptôme de perversion narcissique, en passant par les réactions interpersonnelles. Mais je vais d'abord décrire la problématique des personnes à haut potentiel "complexées", pour mettre en exergue le miroir entre les profils, le point de jonction qui les attire mutuellement. Car il existe effectivement des complexes propices à de telles rencontres. 

Enfin, je démantèlerai le processus des victimes attirées par ces personnages. Les victimes ont tout intérêt de comprendre pourquoi elles se sont laissé aller dans le tourbillon infernal de ces manipulateurs, afin de ne plus être attirées par eux. Car l'histoire a tendance à se répéter si l'on ne change pas son système de croyances. C'est un fait qui m'a été témoigné par des personnes qui ont été bien malheureuses et ont perdu leur temps, comme elles le disent, et un fait dont je peux parler moi-même. 



I - Le début de la vulnérabilité des personnes douées et sensibles

En comparaison avec la norme, il y a une différence fondamentale dans la façon dont les personnes à haut potentiel ressentent le monde et les émotions. Chez les personnes douées et sensibles, nous savons qu'il est question d'intensité exacerbée parfois appelée « surefficience » dans divers domaines: émotionnel, sensitif, intuitif, intellectuel. Elles se posent généralement des questions sur le sens de l'existence, sur l'origine de l'Univers, elles ont un sens élevé de la justice. Du moins ce sont les caractéristiques qu'on relève chez les enfants doués, qui fonctionnent qualitativement et quantitativement autrement dans leur mode de réflexion. Il s'agit d'une logique particulièrement intuitive et d'une grande sensibilité, laquelle varie quand même d'une personne à une autre, sans que cela soit nécessairement corrélé au quotient intellectuel non plus. De nos jours, il existe de grands débats sur ce qu'est réellement un surdoué ou un haut potentiel, et des mythes sont en train de tomber. 

Il est à considérer qu'il existe un certain nombre de profils différents parmi les personnes douées. Les intelligences sont multiples. Puis certains individus sont très scolaires, d'autres le sont moyennement, et d'autres ne le sont pas tellement. Certains sont des autodidactes très forts, prolifiques et créatifs. D'autres sont plus conformistes. Quoi qu'il en soit, ayons à l'esprit qu'un humain est toujours un humain, avec ses paradigmes et ses quêtes (amour, reconnaissance, etc). 

Revenons alors au vécu de l'enfant doué. Un enfant intellectuellement précoce, s'il vit mal sa précocité ainsi que sa propre histoire humaine, peut facilement dévier de sa trajectoire et renoncer à ses dons, vu les interdits posés autour de lui ou par lui-même. Jusqu'à cesser d'être doué à sa façon, pour s'efforcer de se normaliser et correspondre à la grande masse. Bien-sûr, on ne perd jamais sa qualité, on peut toujours la retrouver, mais il s'agit là d'un endormissement des dons et capacités. 

Pour diverses raisons, sociétales et/ou familiales, nous savons que beaucoup d'individus renoncent à leurs dons. Quand un enfant se sent seul au monde avec sa différence et un manque de reconnaissance, il court le risque de devenir quelqu'un d'autre, en n'osant pas être lui-même. Il ne serait ni lui-même ni autre. C'est là le développement d'un complexe. 
Observer ce que les autres ne semblent pas observer, penser à ce que les autres ne semblent pas penser, être chercheur de sens, c'est autant de raisons de se sentir différent et rejeté, voire ridiculisé. Il paraît plus facile de « faire comme tout le monde », de se préoccuper des mêmes objectifs, censés correspondre à la « normalité ». Quelques chanceux, cependant, bénéficient d'un environnement qui leur permet d'assumer leurs particularités et de développer leurs facultés sereinement. 

Mais à la fin, tout va être question d'estime de soi, laquelle comporte ici une faille. Quand on parle de faille dans l'estime de soi, on parle de faille narcissique: l'incapacité de s'aimer soi-même. 



II - Le lien avec les PN, la rencontre et la relation

Sans être nécessairement surdoué, le PN manipulateur, qu'il soit homme ou femme, a tout de même des facultés qui lui permettent de renifler ses prochaines proies et de jouer avec leurs sentiments en les prenant par leurs failles affectives. Ils semblent sympathiques voire charmants, ils vous adressent les compliments dont vous avez besoin, et plus tard, ils sont capables d'une grande cruauté, sans problème de conscience. C'est simple, les PN n'ont ni âme ni morale ni conscience. C'est ce que l'on constate dans beaucoup de cas. 

Pour comprendre le lien, il faut comprendre le PN. Voyons quels sont les facteurs qui entourent le PN durant sa psychogenèse (formation psychique durant son enfance) et quelle attitude il ou elle va adopter suite à ces facteurs. 

D'abord, il semblerait qu'un individu ne naisse pas PN mais qu'il le devienne. En tant que personnes très sensibles et donc susceptibles, à un moment clef de leur existence, généralement durant l'enfance, elles ont à affronter des déceptions, des souffrances qui n'ont pas été supportables, la sensation de "tomber de haut". Il y a par exemple la douleur impardonnable de la trahison. Il suffit de vivre un syndrome de rejet par l'un des parents ou les deux. Ou une maltraitance insoutenable. Suite à l'événement clef, se déroule une histoire possiblement dégradante pour l'image que la personne va développer de soi-même. 
Incapables de plonger dans leur dépression pour la dissoudre, ils éviteront la réalité et, par mécanisme de survie, ils se résolvent, soit durant l'adolescence, soit un peu plus tard, à juger que leur sensibilité a été une ennemie, une faille impardonnable et qu'ils ne ressentiraient plus jamais rien. Et comment faire cela ? En déterminant que la conscience ne mène qu'à la culpabilité et à la souffrance. Ainsi, la conscience n'a plus lieu d'être: les valeurs et la morale cessent d'exister. C'est en quelque sorte pour le PN une forme de liberté, puisqu'il n'a plus de conscience à suivre, n'ayant point ainsi de mauvaise conscience. Et là, c'est l'absence de morale, c'est la dépravation, la plongée dans un puits sans fond, d'où l'on ne remonte jamais. La perversité. Voilà ce qui se passe dans la vie du PN. 

Concernant la gestion du mental, c'est la résolution à faire de sa pensée une somme de calculs. La logique prévaut, l'émotionnel est une gêne à réduire au maximum. Seul moyen de prétendre à une totale maîtrise de la vie: le PN se transforme en calculette et passe au crible de l'analyse toutes les personnes rencontrées, celles-ci étant réduites à des êtres inférieurs (qualifiés de stupides, d'insuffisants ou de fous), puisque le PN les observe de haut, non sans amusement. Bien-sûr, il ignore que la relation est un miroir: la façon dont on voit le monde et les gens, c'est la manière dont on se voit soi-même. Le regard est un reflet. 

Bref, le PN fait preuve d'empathie apparente grâce à sa compréhension du miroir social, motivé par sa propre réussite dans la société. De plus, à sa manière, il a besoin des autres. Grâce à son empathie apparente, il se fond dans la masse par imitation. Son symptôme n'est donc pas décelé par l'entourage, bien que des gens froncent le sourcil sans pouvoir dire pourquoi. Dans bien des cas, on le trouvera "sympa" ou "cool". 

Continuons l'histoire de ce bouleversement psychique, la "glissade" vers l'autre côté, vers le pays sombre dont le PN ne reviendra (peut-être) jamais. 
Comme dans un instant d'illumination, le PN a trouvé sa vérité sur le sens de l'existence: lui. Voici donc l'apogée du narcissisme. Le PN devient le centre du monde, voulant se croire parfait et intouchable, parce que dans le fond, il ne se sent pas à la hauteur. Il veut donc montrer que les autres sont tous des minus sur lesquels il voudrait exercer son pouvoir en prétendant qu'il sait tout, notamment. Et quand il ne sait pas, il invente. 

Au final, il est dans la perversion narcissique fondée sur sa blessure narcissique. 
C'est cela le point de jonction entre le PN et sa victime: la blessure narcissique. 


Continuons. Désormais, le PN ne serait plus victime, il aurait le contrôle sur tout et donc sur les autres. C'est ainsi que les PN construisent ce qu'on appelle des contre-relations où ils s'assurent de ne rien risquer, de ne pas être vulnérables, de ne jamais perdre, en choisissant comme partenaire une personne qui a de la vie en elle pour la vampiriser, parce que les PN sont dépourvus de vie et d'âme, puisqu'ils s'en sont privés eux-mêmes. En d'autres termes, les PN sont ce qu'ils sont parce qu'ils ont préféré envoyer leur âme et leurs sentiments au diable, afin de tout maîtriser et ne plus souffrir. Et comme ils sont morts, ils aspirent l'énergie des gens en qui il y a de la vie.
Vous voyez là leur grande pauvreté. C'est pour cela que, en connaissance de cause, on peut dire qu'ils sont à plaindre. 

Leur proie idéale est une personne vivante dont ils vont cerner les failles humaines, la moindre erreur commise à reprocher, les fragilités et manques affectifs, les peurs, les déficits de confiance en soi et les manquements au respect de soi. Ca devient une relation fondée sur la dépendance affective de la victime, avec son consentement de la perversité comme condition. 


Voici l'illustration des failles décelables pour faire de vous une victime potentielle. Mettons-nous dans la peau d'un PN: 

- Tiens donc ! Cette personne n'est pas bien dans ses godasses, ça se voit. Je perçois une personne qui a un fort potentiel mais se néglige. Elle n'a aucun goût pour se coiffer, s'habiller, elle ne se tient pas droit, elle prend une posture un peu archée (n'oublions pas que l'aspect extérieur parle de la vie intérieure). Pourtant, elle se montre pleine d'énergie, spectaculaire même, et si transparente de sincérité, telle une enfant innocente, qu'elle pourrait correspondre à mes besoins. Elle semble assez innocente pour ne pas voir mes failles. ouf ! Puis si j'arrive à la charmer, je la ferai mienne, je la transformerai selon mes goûts, et je saurai quoi faire de son énergie puisqu'elle ne sait pas quoi en faire apparemment. 


Notre observation: la rencontre entre enfants blessés. Le désespéré narcissique a besoin de quelqu'un qui lui donne de l'énergie et qui sera aveugle devant son abysse obscur. La "proie" a également en elle quelque chose qui est resté bloqué dans l'enfance. Son auto-estime est très pauvre, et elle ne croit pas à ses propres potentiels, que l'on devine par le regard extérieur. Un lucide y verra l'incohérence de la personne. 



Autre scénario : 

- Je vois que cette personne cherche les gens du regard. Elle cherche quelqu'un parce qu'elle est seule dans sa vie. Elle me paraît terriblement seule. Peut-être est-elle une mal-aimée. Cette personne est intéressante, très cultivée et intellectuelle, et je sens qu'elle accepterait de faire ma connaissance. Je la ferai parler pour connaître ses intérêts et sensibilités, puis je lui dirai ce qu'elle a envie d'entendre. Essayons, subtilement, sans bousculer. Je connais la tactique: me faire désirer. M'intéresser puis m'éloigner un peu, faire de sorte à ce qu'elle s'accroche d'elle-même, car cela pourra provoquer son besoin. 


Notre observation: le besoin est la maladie des humains, car il est parfois très présent, voire trop présent. 



Voilà. C'est en quelque sorte l'illustration des prémices de la rencontre entre PN et victime potentielle. Je précise que le PN peut être homme ou femme. 


Évidemment, les PN échoueront lorsqu'ils tomberont sur des personnes avisées et qui se sentent entièrement aimées dans la vie. 
Mais vis à vis des personnes qui vivent dans la peur de manquer de plaire, le PN est à l'écoute... 
Il essaye. Si ça ne marche pas, il peut s'acharner d'une manière différente, en utilisant les bons sentiments de vos amis par exemple qui vont dire que "c'est un gars bien", ou "une chic fille". Les PN n'aiment pas perdre, mais d'un autre côté ils iront voir ailleurs sans problème s'ils s'aperçoivent qu'ils perdent leur temps. 

Une personne totalement intègre et dans le respect de soi ne devrait pas constituer une proie. Mais une personne qui cherche trop à comprendre, qui se pose trop de questions, empathique, touchée par les paroles d'un PN qui se fait victime de la vie, qui parle de son enfance dans le but d'attendrir, est un cœur à moitié gagné. Surtout quand son discours résonne en vous: la reconnaissance des souffrances. Et à cause de cette résonance, vous penserez que vous en êtes au même point que lui et que vous n'avez pas fait mieux. 
Et pourquoi se pose-t-on trop de questions, justement? Parce qu'il y a quelque chose qu'on voudrait aussi comprendre sur soi et qu'on n'a pas compris. Car, qui se connaît et s'estime, va être attiré par ce qu'il désire vraiment dans la vie, par les choses vraisemblablement positives. Parce qu'il/elle les mérite bien! 
Pour savoir écouter son intuition sans se tromper, il y a cette astuce, ce principe : "là où il y a doute, il n'y pas de doute". En d'autres termes, une véritable confiance ou clarté relationnelle ne suscite pas de questionnements et de doutes sur les gens. Des doutes qui vous questionnent indiquent tout simplement qu'il faut laisser tomber. C'est simpliste et ça marche. 

Or, il y a ces braves gens qui sont trop gentilles, honnêtes, intelligentes et tout ce qu'on veut. Mais elles vivent avec un désespoir dans le cœur. Dès que ces personnes cèdent du terrain, elles tombent dans le piège. Le PN se rend vite compte de votre faculté à vous respecter vous-même jusqu'au bout ou bien de votre tendance à vous faire conciliant(e). Si vous ne vous respectez pas, il ne vous respectera certainement pas ! 

Le PN n'aime pas sa propre faiblesse, puisqu'il l'a rejetée en devenant PN, alors il ne supporte pas non plus la faiblesse des autres. Et quand il trouve une faille chez quelqu'un, il a envie de lui mettre le pied dessus. 
Le PN manipulateur est pervers, capable de mentir à outrance et de se servir des autres pour se valoriser. Il a besoin des autres !

Ce qui lui a été fait et qui l'a fait tant souffrir par le passé, il le rétribue aux autres. Et cela est l'histoire du monde, à vrai dire : les êtres humains se transmettent leurs maux, leurs névroses, leurs frustrations, leurs violences, de génération en génération, et notre société de super consommation n'arrange pas les choses. 



III - Surdoué = proie potentielle ? 

Vous êtes une proie potentielle à condition d'avoir des frustrations, du désespoir et des complexes. Dans ce cas, vous risquez d'être attiré(e) par l'intellect du PN, dont vous avez l'impression qu'il va vous dire qui vous êtes et qu'il pourra être votre soutien, voire votre béquille si vous êtes un fatigué de la vie. Mais c'est faux. Il vous mettra plus bas que terre car il n'aime pas les faiblesses, vu qu'il n'aime pas les siennes. Il ne vous aidera pas à sublimer vos potentiels, sauf dans les limites qu'il vous pose, car lui seul veut être sublimé. De plus, il n'a pas envie que vous lui échappiez: réaliser vos talents suscite des rencontres dans votre milieu de prédilection, parfois des déplacements ou des voyages. Or, le PN vous veut tout près, à portée de main. Oh bien-sûr, il vous dira le contraire, les sages paroles qui sont à dire: "réalise-toi, tout est possible". Mais il n'en a pas réellement envie. Le PN veut tout contrôler, d'où sa jalousie possessive. Si vous êtes vous-même un/une dépendant(e) affective, cela vous convient au final. 

Autre raison de sa jalousie: ce qu'il a manqué de réaliser, il le vit comme une immense frustration et il se veut tout-puissant en conséquence. Il ne voudrait surtout pas que vous le dépassiez. Surtout qu'il est habité par la peur de l'abandon, la peur d'être trop nul pour vous. Pas étonnant que la moindre frustration (ex: des périodes de chômage) soit pour le PN l'occasion de devenir paranoïaque (délire de persécution) et potentiellement violent. Encore pire si vous, à côté, vous avez un bon job. Raison de plus de vous diminuer. Le PN aura envie de détruire votre carrière et de vous mettre au chômage, à moins qu'il encourage votre réussite dans un domaine pour qu'il s'en prenne à votre argent. 


Vous l'avez compris, les mots rassurants dont vous avez besoin, il vous les dit dans le but de se servir de votre dépendance affective mais aussi pour représenter une bonne personne pour vous. Mais dans le fond, il veut vous contrôler parce que vous êtes pour lui un potentiel ennemi qui peut lui faire vivre le syndrome d'abandon. Donc si vous le voyez jaloux, vous savez déjà que ce n'est pas par amour. 


Des psychologues disent que les hauts potentiels intellectuels sont de parfaites victimes à cause de leur super empathie. Je dirais que le problème de fond n'est pas leur super empathie mais plutôt le miroir empathique : 
toi, l'hypersensible, tu as souffert, donc tu voudrais protéger celui qui souffre, alors que tu ne sais pas te protéger toi-même. Le PN transpire de souffrances infantiles, alors tu cherches trop à comprendre et à lui donner des excuses. Puis il faut arrêter de vouloir sauver en l'autre ce que l'on n'arrive pas à sauver en soi. 
Arrêtez de faire le psy. Comme disait Lacan, en parlant de relations sur fond névrosé, « l'amour, c'est donner à qui n'en veut pas quelque chose qu'on n'a pas.» Autrement dit, c'est donner quelque chose dont on a besoin à quelqu'un qui n'en demande pas. 
C'est une relation entre souffrants.


Voici une question cruciale:


IV - Est-ce que les PN peuvent guérir ?

Nous n'avons jamais entendu parler de guérison. Quelques personnes (rares) vont voir des psys avec la peur d'être un(e) PN, ce qui s'avère parfois être vrai. Alors elles cherchent à améliorer leur relation avec leur partenaire en appliquant des conseils, car il leur est très difficile d'être en empathie réelle et de savoir ce qu'il faut faire. 
C'est que la personnalité du PN a été construite sur le mécanisme psychique que j'ai décrit plus haut. Mais si vous avez des témoignages de guérison, je suis tout ouïe. 
À mon avis, la guérison est impossible mais j'ai quand même envie de croire à des miracles. Après tout, il doit exister des cas qui ont pu accepter la lumière dans leur vie pour enfin redevenir vivants ! 
En attendant, je ne me fais pas trop d'illusions, pour la raison suivante: 
les PN vivent selon leur vérité comme s'ils avaient reçu une illumination: « moi », c'est-à-dire une vision démesurée de leur ego. Ils sont sur leur piédestal et vous ne les en ferez pas descendre ! Vraiment, il faudrait un miracle divin pour qu'ils se rendent compte de leur trouble et qu'ils aient une conscience pour qu'ils choisissent d'entamer une psychanalyse. N'oublions pas que les mots "thérapie" ou "psy" font peur à qui voudrait être sans faille. Dire à quelqu'un d'aller chez le psy, c'est l'insulter, surtout dans ce cas. De plus, il leur est difficile de se remettre en question. Se remettre en question peut aussi être bien difficile pour n'importe qui, à vrai dire. Des gens qui n'aiment que les certitudes et qui ne peuvent pas se remettre en question, il y en a plein. Pour certaines personnes, le doute est l'ennemi de la sécurité intérieure. Il leur faut le contrôle maximal. Ils n'accepteront pas de déconstruire leurs schémas et d'accepter les doutes que l'existence porte naturellement en son cœur. 

Attention à leurs promesses toujours reportées
Bien que les PN puissent avoir de grands propos sur les sentiments, les vertus et la justice, vous remarquerez qu'ils n'incarnent aucune des valeurs prônées. Et ils peuvent vous promettre d'aller chez le psy pour ne pas vous perdre et se retrouver seul, mais encore faut-il y veiller. Ou de se marier avec vous, ou autre chose. 



V - Relation toxique, à quel point? 

C'est une relation mortifère, d'autant plus que, à part ôter d'une personne toute son énergie, le PN construit une relation subtilement sadique. Très intolérant sur les failles, dès que les événements échappent à son contrôle, il s'en veut tellement qu'il le fait payer aux gens de son entourage, parfois avec une perversité sans mesure et de la violence morale ou physique. Le niveau de violence peut être fatal. Mais tout sera toujours de la faute des autres puisqu'il estime qu'il est infaillible, ou du moins il veut le faire croire. Ce qu'il inflige à la personne, cette dernière l'a mérité, d'après le PN. Avec du recul, plus tard, il arrive quand même que les PN se demandent comment cela se fait-il qu'ils soient allés jusqu'à de telles déviances desquelles ils ne se seraient pas cru capables. 



VI - Le trouble peut manifester des actes criminels

Il existe plusieurs niveaux de perversion narcissique. Chez certains cas, le niveau de perversion peut aller très loin dès lors que le PN constate que vous lui échappez, réveillant en lui le drame de sa faille narcissique (syndrome d'abandon, de rejet, de trahison, ou d'humiliation). Il n'est pas étonnant que beaucoup de plaintes aient été déposées dans les commissariats ou gendarmeries à propos des PN. Quand vous lui avez appuyé sur le "mauvais bouton", c'est une cascade émotionnelle qui se réveille en lui, mais pas n'importe laquelle: la colère, la vengeance et la folie. Et là, bonne chance! Nous vous souhaitons d'en sortir vivant(e). Vous vous demandez même si vous n'avez pas affaire à un(e) psychopathe. 
Malheureusement, la plupart des victimes n'établissent pas l'équilibre, c'est-à-dire la justice. Elles subissent longtemps, jusqu'à ce que la situation soit assez grave pour être obligé(e) de partir. 
Combien de témoignages avons-nous entendus ou lus à ce propos ? Ils sont nombreux. 
Dans les cas extrêmes, l'explosion de la personnalité PN se traduit par : 
violence physique et psychique, chantage, menaces de mort, utilisation des fautes ou faiblesses de la victime contre elle-même. Il existe même des cas de viol, l'utilisation de la victime comme d'un vil objet, etc. Et parfois l'irréparable: l'homicide, ou au moins sa préméditation, d'après quelques témoignages de victimes qui s'enfuient juste à temps. 



VII - Ne plus jamais être victime

Écoutez vos intuitions et suivez-les. Respectez-vous. Vous êtes forcément quelqu'un de bien. Vous n'avez rien à prouver à qui que ce soit. Vos faiblesses sont vos forces. Si vous portez en vous des fautes que vous ne vous êtes pas pardonné(e), dites-vous que vous êtes juste humain(e) et que vous faites ce que vous pouvez, dans votre vie. Ne vous laissez pas reprocher quoi que ce soit par qui que ce soit. Cela vous appartient de vous remettre en question, dans votre secret si besoin, par l'introspection. Mais restez toujours fier/fière. Montrez-vous digne car vous avez un bon fond. Et surtout, sachez penser à vous avant de penser aux autres. Faites-en une philosophie, cela vous sauvera. Oui, on a le droit de penser à soi, à son plaisir de vivre, à ses aspirations profondes, d'autant plus qu'elles n'entravent pas les autres. Ca appartient à soi. C'est un devoir d'être heureux. Mais pour cela, il faut mettre à la poubelle les croyances véhiculées par certaines cultures: notamment le sens du sacrifice et de l'abnégation de soi. Pensez à vous d'abord, sauvez-vous. Votre vie vous appartient. Vous n'appartenez pas aux autres, encore moins à ce qu'ils pensent dans leur opinion. Qu'ils se la gardent pour eux, c'est leur problème ! 
Si vous êtes en situation d'atteinte à votre intégrité, confiez-vous à votre famille et à vos amis, à défaut, à des associations ou services sociaux ; ne gardez jamais secrète la maltraitance que vous subissez, même s'il y a du chantage. Car le chantage, c'est du flan. Ca ne mène jamais à rien. Vous croyez que le PN se calmera, alors vous allez dans son sens jusqu'à que ça s'apaise, mais il vous prend alors pour un(e) moins que rien. Quand vous laissez passer le premier coup porté, c'est déjà trop tard: ça recommencera, indéfiniment, puisque c'est vous qui autorisez cela. Il vous fera comprendre que vous l'avez bien cherché. 



VIII - Oublier et passer à autre chose, est-ce possible?

Si vous avez vous-même été profondément blessé(e), insulté(e), voire maltraité(e) par un ou une PN, ne devenez pas vous-même un(e) PN par vengeance, ou alors parce qu'il a réussi à vous faire un lavage de cerveau ; mais voyez cela comme une expérience qui vous aura appris quelque chose sur vous-même pour vous faire avancer sur le chemin de l'affirmation de soi. C'est la vie qui le veut. 

Dans notre société, beaucoup de gens portent en eux une grande faille narcissique, et, parmi eux, des PN. Il est probable que vous soyez à nouveau attiré par ce genre de personne, si vous n'avez pas procédé à votre propre guérison ou à un mieux-être, via la connaissance de soi. J'avoue que je crois beaucoup en la psychanalyse où l'on fait parler l'inconscient et ses contenus (les traumas par exemple). 

Écoutez votre instinct, vos doutes, votre petite voix, ce sont des intuitions qui disent vrai. Gardez vos principes, ne pliez pas. Soyez franc et éloignez-vous de ces vampires. Vous ne pouvez rien pour eux, mais vous pouvez faire quelque chose pour vous-même : être aimé(e) par qui le mérite vraiment. Entourez-vous de ceux qui vous traitent bien. Faites la paix avec votre histoire. Appréciez-vous devant votre miroir et sachez apprécier qui vous êtes. Et sachez être seul(e) tout le temps qu'il faudra. Inutile de se mettre avec quelqu'un si votre cœur est habité par le désespoir. Votre choix sera influencé par une espèce de dépendance affective, encore une fois. 


Quant à tirer un trait et oublier cette mésaventure, je ne vais pas vous mentir. Il est facile de dire "oubliez, mettez ça aux WC et en avant !" mais attention au déni. Faites attention aux traumas car ces événements sont marquants, et ils est possible qu'ils fassent écho à des traumas plus anciens. Quand vous êtes passé par de telles épreuves, ça fait désormais partie de votre histoire. A moins de devenir une espèce de bouddha qui a complètement anéanti les pensées humaines, les conflits vécus causent des séquelles à votre bonne santé. Il est primordial de prendre soin de soi et de se faire aider. Tout seul, même si on se fait fort comme Hercule, on est faible dans le fond. Il y a toujours une présence vulnérable: votre enfant intérieur. Je le rappelle, dans la plupart des cas, les traumas d'adulte font écho aux traumas d'enfant. Ceux de l'enfant ont besoin d'être libérés en s'exprimant. C'est comme exorciser symboliquement une entité: en identifiant un démon (ici, un vieux démon psychologique). Sans procéder à ce travail sur soi, l'enfant intérieur continue à faire du "tapage" jusqu'au jour où vous craquez, où vous êtes de plus en plus fatigué(e), sans savoir pourquoi. 
Pendant des années, on oublie le tapage intérieur, mais celui-ci deviendra plus fort et plus douloureux, notamment dans les événements négatifs de l'existence. 
Nous savons qu'une personne bien ancrée dans son moi, est une personne qui a passé les étapes évolutives sans être resté bloquée sur certains stades de l'enfance. Dès lors qu'il y a eu des blocages, il est nécessaire de trouver réconciliation, reconnaissance de sa propre histoire, de sa propre identité, même si l'on n'a pas besoin d'aimer ce qui s'est passé. Quand l'enfant intérieur d'une personne adulte a exprimé ses chagrins et ses colères, alors la même personne peut grandir et s'incarner dans son corps pleinement ! 



IX - Pardonner un PN, cela aide-t-il à aller de l'avant ? 

Quand le PN montre qu'il ne regrette pas ce qu'il a fait, il est plus difficile de pardonner. De plus, vous vous souviendrez certainement qu'il a une dette envers vous. Si le pardon est impossible, donnez au moins le pardon le plus difficile à atteindre: celui de soi-même. Car on tombe de haut quand on fait le bilan de l'histoire. Avec le recul, il y a de quoi se dire "c'était pourtant gros comme une maison" ou "si j'avais su", ou bien encore "j'ai horreur de perdre, j'ai horreur de l'erreur" (oui, il n'y a pas que les PN qui se disent ça). 
C'est frustrant, on ne peut pas revenir en arrière. Une chose peut soulager les esprits: tout le monde s'est fait rouler par quelqu'un au moins une fois dans sa vie, même les plus "grands" de ce monde. 

Ceux qui ont confiance en eux et sont lucides parviennent à s'arrêter avant les pertes et fracas. Ils écoutent leurs instincts. Ils savent claquer la porte au nez des gens qui ne sont pas nets. Ils ne perdent pas de temps avec des questionnements. Nous pouvons suivre leur exemple. 

Alors si vous vous questionnez, si vous avez idée de plonger dans les abîmes de la conscience de quelqu'un et de vous y perdre, c'est parce que vous vous cherchez vous-même. 



X - Le triste destin des PN

On ne rend pas service au PN en glissant vers son côté. Ce qu'il aime, c'est ce qu'il ne peut pas avoir, comme tous les gens plus ou moins narcissiques par ailleurs. Les gens à personnalité narcissique ont peur de la vie, peur de l'amour, incapables de recevoir et de donner en toute sincérité, incapables d'en prendre le risque. Ce qu'ils font, s'ils le font bien concernant les qualités relationnelles, c'est de l'imitation, c'est un rôle d'acteur. Et ils jouent des rôles à tel point qu'ils ne savent pas qui ils sont. Une vie pour rien. Ils n'ont pas les clefs de la connaissance de soi. Ainsi ils passent à côté de ce qu'ils auraient pu être: vivants. 


Enfin, nous pouvons, à juste titre, nous demander si un PN peut être également un surdoué. 



XI - Peut-on être PN et surdoué ?

Ma réponse est non. Bien que les PN manifestent des acuités intellectuelles, par exemple d'excellentes capacités mnésiques (faculté de mémorisation), ils démontrent qu'ils passent de nombreuses années coincés dans des paradigmes infantiles qui n'échappent pas au regard des personnes adultes et lucides. Contrairement au PN, le surdoué a une grande capacité de remise en question et d'autorégulation, de manière à changer ses schémas. Il y a une certaine plasticité cérébrale dans tel processus, même si cela peut prendre beaucoup de temps. Autre argument irréfutable: les hauts potentiels sont attachés à l'exactitude des choses. Ils ne pourraient pas passer les jours à mentir et à se construire un personnage. Les surdoués cherchent ce qui est vrai. Ce ne sont pas des personnes infaillibles ou parfaites, cela dit, leurs quêtes sont plus élevées que celle du mensonge... 

Vous l'avez compris, la capacité de mémorisation et d'imitation a beau être très forte chez les PN, puisqu'elle est travaillée, entraînée et testée sur le terrain, ils ne sont pas pour autant des êtres aussi intelligents qu'ils peuvent le prétendre. Leur jeu se retourne contre eux-mêmes tôt ou tard. Toute personne sensée connaît le système de vérité: tout finit pas se savoir, toute somme de mensonges crée une incohérence que seuls des aveugles autorisent. 
Désolée de dire cela de manière si directe, mais c'est pourtant vrai. J'ai connu, il y a fort longtemps, ce genre de mésaventure. Je l'ai analysée, et j'ai analysé d'autres cas que l'on me confiait. J'ai même vu une jeune femme complètement sous emprise de ce type de personnage. Elle voyait qu'elle était en danger, mais elle ne voulait pas voir. J'espère qu'elle s'en est sortie. 




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