Tuesday, 6 April 2021

Les joies de la pensée libre et autonome



Les joies de la pensée libre et autonome


Plus on active l'esprit critique et l'on écoute son intuition, et plus on élève sa conscience. 
Avec une lucidité toujours plus sensible, on a alors de moins en moins besoin de sécurités apportées par le groupe, à savoir les idéologies, doctrines figées, opinions biaisées, dogmes, superstitions en tous genres. 
L’axe central est le sens de la vérité. Peut-on dire qu’on est toujours en capacité d’être en vérité ou que tout le monde puisse l’être ? Il semble bien que non, puisqu’on veut parfois se raconter des histoires, mettre dans la tête les filtres qui nous arrangent. C’est surtout par habitude puisque la société de l’image et de la surconsommation nous met des idées en tête. Cependant, seule la vérité libère. Et plus on aime la vérité, plus on est lucide, et plus on a le privilège de devenir maître, maître de soi. C’est alors qu’on peut parler de véritable pensée libre et autonome.
 
On entend dire que les plus lucides vivent un sentiment de solitude. C’est vrai mais pourquoi ? Parce que les humains de notre société industrielle commencent à peine à remettre en question ce que nous prenons pour acquis. Alors ceux et celles qui se sont réveillés forment une minorité. Le fait de ne point adhérer à des groupes idéologiques ou à une vision commune de ce que devrait être la vie est une marque de courage. En effet, en état seul, en se tenant debout tout seul, on ne dépend pas de l’approbation de l’entourage, on peut même être incompris, voire mis à l’écart à cause d’une vision de la vie qui diffère. Quand on se tient debout tout seul, le surmoi idéologique du groupe n’a pas beaucoup d’effet. En tout cas, les penseurs autonomes feront des choix conscients. 

Le grand avantage pour un autonome, malgré un éventuel sentiment de solitude, c’est que l’intelligence s’affine parce qu’il puise dans ses propres ressources la compréhension de la vie et du monde. C'est donc bien le marqueur de la capacité de se faire intimement confiance, confiance en son jugement, en son bon sens. C’est la capacité de sentir clairement ce qui est juste.  Ainsi on ne court pas le risque de se plier aux volontés de quelqu’un d’autre qui bousculerait votre intégrité. Dès lors que quelque chose ne parle pas à notre cœur, il faut mettre le frein. 

L’autonome est un aventurier de l’esprit. Il n’a pas peur de sortir des sentiers battus, car c’est plus fort que lui. Il semble même que ce soit un devoir pour l’être humain de découvrir la vie, la démasquer, en étant maître à bord de son bateau. 

Le monde ne serait-il pas plus mature et harmonieux si les gens étaient encouragés à exploiter librement leurs facultés multiples et leur intuition ? Un monde où l’on n’a pas à se vendre et où l’on préserve son intégrité sans concessions ? 

Tout est déjà dans l’enfant. Notre perception fine des choses, surtout notre lien au vivant, sont particulièrement accrus durant notre enfance en comparaison avec notre perception d’adulte, devenue (trop) sélective. Préservons cette fraîcheur innocente et cette curiosité insatiable.  

Les autonomes ont conscience de leur force d’âme. Ils font le tri selon leur appel intérieur, inspirés par ce qu'ils sentent comme étant juste et logique. S'ils travaillent dans de hautes sphères, ce sont des innovateurs. 

Ces esprits-là sont rassurants, dans le fond. 


Un petit bémol pourrait s’immiscer dans l’attitude du « rebelle à tout prix », la personne qui n’a pas trouvé sa force d’âme et son intuition mais qui se rebelle pour l’art et la manière. C’est là cultiver une image de soi, une caricature. Dans ce cas, on se dit "électron libre" mais l’est-on vraiment ? Lorsque nous sommes encore dans une phase où nous manquons de rationalité et d'enracinement, nous sommes instables, mais nous le cachons avec le masque caricatural du rebelle. Quant à l’inverse, la personne trop rationnelle, elle ne saurait faire sans une sécurité renforcée. On se dit rationaliste mais l’esprit ressemble à un carré ; il ne laisse aucune place à la question abordée par exemple par Einstein, Gandhi et bien d'autres : Dieu. Une autre forme de sécurité à carré fermé est celle donnée par les doctrines qui dynamisent des systèmes de superstitions. Ces systèmes sont bien armés, ils n’invitent pas le doute et ils sont impressionnants car un manquement à leur pratique ferait sentir la menace de l’enfer. 

Les idéologies fonctionnent comme un surmoi qui pense à votre place et vous infantilise. Où est la réflexion et l’autonomie dans ce cas ? Comment espérer devenir un peuple d’individus matures et responsables ? 

Les penseurs autonomes sont des consciences ouvertes. Ils se laissent aller à un peu de folie pour oser explorer la réalité, l’imagination, la créativité. La conscience ouverte est inspirée par la quête de vérité, telle qu'elle est, et non celle qui l’arrange. C’est peut-être une quête sans fin, mais qui apporte ses éclairages le long du chemin. Le chemin, il faut le vivre. 

Il y a plus d'humilité dans le questionnement que dans l’opinion trop affirmée. Il y a plus de sagesse lorsque nous sommes conscients que nous ne sommes pas dans le monde pour prouver que nous savons, mais que nous y sommes pour apprendre ce que nous ne savons pas. Nous nous souvenons alors d'une parole de Jean Piaget : "l'intelligence ce n'est pas ce que l'on sait, c'est ce que l'on fait quand on ne sait pas". 

Les esprits autonomes ne se figent pas dans des croyances d'emprunt en vue d'une stabilité psychologique, car ils sont stables en eux-mêmes, enracinés dans une force d'âme, tout en dynamisant les transformations nécessaires. C'est cela l'aboutissement d'un réel apprentissage qui ne s'arrête jamais. S’interroger, se remettre en question quand nécessaire... 
L’opinion facile, quant à elle, n’a aucun bien fondé. Elle découle d’un esprit paresseux qui prend des raccourcis. L’esprit non autonome n’est pas fluide ou souple, il est résistant, figé, sclérosé. Il est passif devant ses propres croyances, ses acquis, conditionnements et quelque surmoi idéologique.
  

Pierre Curie communiquait, pour définir la pensée autonome, l'image de la toupie : elle tourne sur elle-même produisant sa propre énergie. Il prônait cette aisance de penser par soi-même. Il était ainsi, incapable de suivre les protocoles de l'école, peu enclin à se laisser conditionner, en mémorisant sans se poser de questions. Avec son esprit contemplatif, il avait besoin de prendre du temps pour explorer chaque sujet et les éléments qui le composent. Il passait parfois pour lent, mais c’était simplement un incompris. C'est pourquoi il a fallu que ses parents l'instruisent à la maison jusqu'à qu'il fût prêt à passer le bac en candidat libre à l'âge de 16 ans. Cela lui a évité l'échec et il a donc pu intégrer la Faculté des Sciences à Paris. Il a innové en alliant recherches fondamentale et expérimentale. Avec son épouse Marie, il reçut le prix Nobel de physique en 1903 pour leurs découvertes en radioactivité. D’après Marie Curie, l’école traditionnelle aurait pu conduire Pierre Curie à la restriction de ses potentiels et donc à l’échec intellectuel. 
Après la tragédie de la mort de Pierre Curie à l’âge de 47 ans, Marie fonda, avec l’aide de ses chers amis et collègues, une « coopérative scolaire » pour offrir à leurs enfants l’opportunité d’apprendre avec cette liberté nécessaire de penser, d’explorer, de chercher. Cette aventure dura quelques années, très mémorables d’après les témoignages des anciens élèves. 
 

Oui, l'effet toupie me plaît bien. 
Debout la toupie ! 





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