Thursday, 25 April 2019

Les joies de la pensée autonome


La pensée autonome est une force propre à des personnes qui développent leur conscience de manière vivace, portées par une lucidité et une quête de vérité toujours intactes. Cette posture leur donne l'avantage d'être maîtres d'eux-mêmes et l'inconvénient d'être en état de solitude, dans le sens où ils n'adhérent pas à des groupes idéologiques pouvant servir de surmoi à bien d'autres. C'est finalement là un avantage. Les esprits autonomes aiment à puiser dans leurs propres ressources la compréhension de la vie et du monde. C'est que dans le fond ils se font intimement confiance, confiance en leurs capacités et en leur bon jugement : c'est en aventurier qu'ils ont besoin de découvrir la vie, la démasquer, maîtres à bord de leur bateau. Cette particularité est déjà marquée dans leur caractère d'enfant. 

Il est donc rare qu'ils adhèrent de manière entière à des doctrines, qu'elles soient religieuses, politiques, philosophiques, scientifiques ou autres. Ils font le tri selon leur appel intérieur, inspirés par ce qu'ils sentent comme étant juste et logique. S'ils se placent dans de hautes sphères, ce sont des innovateurs. 

Ces esprits-là me rassurent, même s'ils ne sont pas faciles à trouver.

Ceux qu'on appelle "électrons libres" manquent parfois de rationalité et d'enracinement, d'où une instabilité, ou bien ils sont voués à une espèce de rationalisme forcené qui ne laisse aucune place à la question abordée par exemple par Einstein, Gandhi et bien d'autres : Dieu. 
Ces deux personnalités illustrent bien la pensée autonome. Ce sont des consciences ouvertes. Or une conscience ouverte a le don de chercher la vérité telle qu'elle est et non celle qui les arrange, et de se servir aisément de l'intuition. Ce type de personnalité me rassure. C'est la distinction d'une intelligence ouverte sur la sagesse et l'humilité, en étant conscient qu'on n'est pas là pour prouver qu'on sait mais qu'on est là pour apprendre ce qu'on ne sait pas. Nous nous souvenons alors d'une parole de Jean Piaget : "l'intelligence ce n'est pas ce que l'on sait, c'est ce que l'on fait quand on ne sait pas". 

Un esprit figé, sclérosé, au contraire, est passif devant ses propres croyances ou bien des idéologies externes. 

Les esprits autonomes ne se figent pas dans des croyances d'emprunt en vue d'une stabilité psychologique, car ils sont stables en eux-mêmes, enracinés dans une force d'âme, tout en passant par les transformations nécessaires. C'est cela l'aboutissement d'un réel apprentissage qui ne s'arrête jamais. Se questionner, se remettre en question quand nécessaire... 

Pierre Curie communiquait, pour définir la pensée autonome, l'image de la toupie : elle tourne sur elle-même produisant sa propre énergie. Il prônait cette aisance de penser par soi-même. Il était ainsi, incapable de suivre les protocoles de l'école, peu enclin à se laisser conditionner. C'est pourquoi il a fallu que ses parents l'instruisent à la maison jusqu'à qu'il fût prêt à passer le bac en candidat libre à l'âge de 16 ans. Cela lui a évité l'échec et il a pu intégrer la Faculté des Sciences à Paris. Il a innové en alliant recherches fondamentale et expérimentale. Avec son épouse Marie, il reçut le prix Nobel de physique en 1903.

Oui, l'effet toupie me plaît bien. 
Debout la toupie !




Les Carnets de Lynn ©2020 Droits d'auteur réservés 

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