Thursday, 16 May 2019

L'incendie de la cathédrale Notre-Dame peut-il être le symbole d'un renouveau?

L'incendie de Notre Dame de Paris est-il un symbole significatif ?
C'est une question qu'un ami me pose.
Voici mon point de vue. Je vais établir un lien entre cet événement et une réflexion sur l'appauvrissement de la relation humaine dans nos sociétés dites modernes. 


Comme beaucoup de gens, je me suis d'abord demandée si c'était le fruit d'une conspiration ou d'un attentat.
Mais avec du recul, je crois plutôt que c'est un accident qui peut être providentiel. 
Peut-être que l'incident Notre Dame veut nous dire qu'il est temps de renouveler notre spiritualité car celle-ci est quelque peu tiède, voire détraquée par trop d'adhésion aux choses illusoires du monde. 
La Vie ne veut pas une foi de pacotille, mais une vie d'âme complètement vécue.
Il semble que la Vie ne veuille plus de nos comédies ni des quelques salissures qui entachent l'Église, laquelle est donc à reconstruire sur de nouvelles bases. Une Église qui s'épure.
Une spiritualité plus intériorisée? 

Mais serons-nous capables de répondre à cet appel de simplification du cœur ? Car il est avant tout question de cela. 

À l'heure où nous sommes devenus des "hommes neuronaux" sinon des Homo economicus, nous voyageons dans le royaume du mental, de l'image et de la consommation. Or la vie est avant tout relation. La relation aux gens, aux animaux, au vivant, au cosmos. Le lien au vivant devrait être simple, cependant nous construisons souvent des murs labyrinthiques. 
Nous avons de grandes idées, des idées pour le monde, mais nous manquons d'idées pragmatiques pour aider un proche en l'invitant. Nous prenons l'avion, mais nous ne parlons pas à notre voisin, nous ignorons tout de notre quartier ou de notre propre environnement. 

Ainsi les gens ont du mal à se rencontrer. C'est le cas aussi entre hommes et femmes qui échouent à former des couples puis des familles durables. Le célibat et la solitude gagnent du terrain de manière dramatique, d'après les statistiques. Mais nous n'avons pas besoin de chiffres, il suffit de regarder autour de nous. Tant de personnes sont attristées de se retrouver seules durant des années. Mais ont-elles prêtes à prendre le risque d'aimer et de se laisser aimer? 
Nous avons affaire à des cerveaux culturels qui se rencontrent, mais à des humains qui ne se rencontrent pas! Et avec l'âge, c'est pire. Après les 30 ans, et encore plus vers les 40 ans, un phénomène est bien connu: ce ne sont plus des personnes qui se rencontrent mais des CV ! Donc il faudrait juger l'historique de l'un et de l'autre, et voir si ça "matche". Classe sociale? Petites habitudes déjà vieillies sur le temps? Tout est bon pour ne plus savoir être en relation. Avec un long CV, l'humain sera blasé par l'expérience, il en sera conditionné. 

Le temps passe, on dissèque, on analyse, mais on ne voit pas. Peut-être faut-il réapprendre à regarder. "Les yeux sont la fenêtre de l'âme", nous rappelait Shakespeare. 

Seulement il y a de plus en plus de peur et de moins en moins de courage, de plus en plus de complications et de moins en moins de simplicité. Le monde virtuel, l'achat en-ligne, ce sont les conditions de vie de cette ère informatisée. Alors cette tendance déborde sur la sphère amoureuse: les humains s'inscrivent sur des sites de rencontre, ils passent commande pour trouver le produit idéal par rapport à un certain nombre de critères. Il faut passer par là, dit-on, parce que le monde est devenu trop grand, les gens ne se rencontrent plus. 
Ainsi c'est dans les jeunes années qu'on a plus de chance. Lorsqu'on a 20 ans, on démarre "tout neuf". Si l'individu est en contact avec beaucoup de jeunes gens, une chance est donnée de vivre les choses naturellement et donc pour un jeune couple de vivre l'aventure de la vie ensemble, avec un CV vierge et tout l'espoir du monde. 
Pour les moins jeunes, les "gros CV", que faire? Devenir jeunes. 


Alors que l'âme nous porterait à être courageux et à accueillir les surprises de l'inconnu, ces cadeaux que la vie voudrait nous offrir, nous optons, à notre grand malheur, pour le contrôle forcené, en quête de maîtrise de tout. C'est une attitude qui nous fait finalement perdre toute chance de bonheur et de sérénité, dans l'amour comme dans le reste. Nous passons le temps à nous faire mal à la tête. Si habitués à cet état, nous le trouvons normal. Pourtant ces maux de tête banalisés pèsent lourd comme des nuages bien noirs qui sombrent sur nous et les relations. Les egos sont lourds. 
Bref, c'est la sécheresse du cœur.

Le pire, c'est le mode de vie de la société dite industrielle, celle qui domine la planète. La communication est devenue globale, planétaire, et les gens sont de plus en plus renfermés sur eux-mêmes, avec des écrans faisant barrage, isolant les personnes, jeunes ou âgées, de manière dramatique. Le monde est devenu trop grand. 

Un fait grave, à mon avis, est que les communications virtuelles (emails, sms) sont devenues la norme. La recherche du contact simple est diminué, appauvri. Je garde la nostalgie des années 1980 où l'on se téléphonait, où l'on se rencontrait. On sortait au village ; les habitants se parlaient. 

Il serait plus intelligent de rendre le monde petit, de préserver l'espace communautaire des villages et d'en créer. Pour aller dans ce sens, il faut préserver et fortifier ce qui a toujours rapproché les peuplades: les traditions locales, notamment la musique, les bals et autres événements. Par exemple, chez nous en Bretagne, la langue bretonne est vivante, elle se parle, les festou-noz sont nombreux sur tout le territoire, les danses traditionnelles sont pratiquées par les personnes de tous âges, et la culture celtique apporte un paysage magique et poétique à l'ambiance avec ses mythes et légendes. Il y aussi ce qu'on appelle les "pays de Bretagne". Les identités territoriales permettent aux gens de se sentir enracinés et reliés. Cependant, cela n'arrange pas tout car il y a de plus en plus d'isolement et de relations virtualisées, même dans ces lieux plutôt bien préservés. 


Pour revenir au sujet initial et le conclure, l'incident Notre-Dame est peut-être accidentel mais il me fait penser au symbole du renouveau après la destruction de l'ancien, l'échec d'une humanité qui doit chercher une forme de renaissance


Hasard insignificant ou synchronicité ? Quelle que puisse être la réponse à cette interrogation, l'humanité est bien en train de déplorer les schémas sur lesquels elle se trouve. Il y a des raz le bol. Des changements sont souhaités. Peut-être nous rendons-nous compte du mal-être qui règne sur la civilisation moderne... Pour preuve, les antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères et médicaments en tous genres ne se sont jamais aussi bien vendus. Nous avons mal à la tête mais nous le supportons bien. Peut-être souhaitons-nous nous libérer de ce poids mort? 


16 mai 2019



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