Monday, 4 May 2020

Travail, instrument de torture (tripalium) et valeurs de fierté

Je viens de lire un article bien documenté sur la valeur du travail. Il expose de grandes réflexions. Qu'est-ce que le travail ? Qu'est-ce qu'il représente pour vous ? pour moi ? pour vous ? 

Deux points de l'article m'inspirent une discussion, résumant : 
- le travail est vertueux parce c'est une source de fierté
- c'est un "lac d’amour". 

On se questionne sur le concept de travail, on en découvre l'origine étymologique latine, tripalium, ancien instrument de torture à trois barres en bois. 


Pour moi, travailler = se louer. 
Quand je suis au travail, je loue mon temps à un patron, je loue mon corps et ma pensée pendant toute la journée. 
Une fois la journée terminée, pour beaucoup d'entre nous, c'est la course, ensuite il est déjà tard le soir pour respirer, approfondir le sens de la vie, nourrir l'âme, devenir toujours plus un être de vérité. 

On travaille donc on est fier. Mais le travail-argent éveille-t-il nécessairement l'individu sur le plan de sa conscience subtile? L'intelligence du cœur? 
N'est-il pas dit que beaucoup, malgré le travail, pédalent avec le nez dans le guidon? C'est ce les gens disent en critiquant l'humanité et la destruction de la vie sur terre, les conflits d'intérêt, etc. 
Avoir les yeux ouverts, apprendre à réfléchir par soi-même et savoir voter convenablement, ce n'est pas chose courante, sinon ça se saurait. Beaucoup de gens critiquent la politique qu'ils ont eux-mêmes choisie. Pourtant, s'ils pouvaient être à la place des élus du pays, ils ne feraient peut-être pas mieux et seraient probablement corrompus. 
Sans le savoir, beaucoup d'entre nous sommes vendus, corps et âmes, à des causes illusoires. Pour la plupart, le temps de travail est surtout au service de la productivité monétaire. Et on croit ne pas avoir le choix, à vrai dire. 

Si le travail avait le pouvoir de sanctifier l'individu et d'en faire un être d'amour, ça se saurait ! L'un et l'autre ne sont donc pas corrélés. La morale de la personne peut être très relative, voire au ras des pâquerettes malgré toutes ses heures louées à une fonction rémunératrice.  Nous le savons, même si l'humain peut faire preuve de bonté, il peut aussi parfois être médiocre, vil, perfide, menteur, hypocrite, voire criminel, tout en étant un bon travailleur, fier et productif. 


Le travail, lorsqu'il est au service d'une noble cause, et celle-ci étant le bien de tous et non pas le mérite d'un seul, n'est pas de l'ordre du tripalium au service d'une idéologie productiviste et spéculative qui détruit la vie naturelle sur terre, mais celui de la vie elle-même. 
Face au système rentable et pécuniaire, ce genre de travail est étranger, il est plus léger car il s'éloigne du tripalium obligatoire, pénible et méritoire. Il est alors hérétique face à la valeur du productivisme allié à la destruction de la vie. 
Le principe philosophique actuel est basé sur le piédestal de l'orgueil et de la vanité, un trône où nous nous installons avec fierté, la couronne sur notre tête mais le cœur impur et sans lumière, ou du moins sans assez de temps pour la développer. Or la lumière, c'est la vie. Sans lumière... 

Le travail en tant que mouvement accompli sous l'inspiration d'une noble cause est donc plus léger, parfois moins rentable, mais il remplit le cœur à tel point que le vide ou l'angoisse existentielle n'existe pas. 
Quand on met en mouvement des forces au service de la lumière royale, on a déjà le salaire d'une joie intérieure sans fin, plus noble et vraie que tout le reste. Si, en plus, on y produit quelques revenus pour répondre à ses besoins, le dit "travail" qui est un don de soi et il reçoit rémunération en échange de l'effort. Ici règne l'amour, il est même à l'origine de l'action mise en mouvement.


Nous pouvons remettre en question tout le surplus de travail, de consommation et de coût de vie qui habitent nos sociétés : il est optionnel. Il suffisait de travailler à mi-temps pour subvenir à ses besoins fondamentaux, et de prendre le temps d'avoir une vraie vie, plus profonde et simple. C'est chose de plus en plus répandue aux Pays-Bas.
(https://www.lemonde.fr/economie/article/2016/02/03/aux-pays-bas-on-travaille-en-moyenne-30-heures-par-semaine_4858496_3234.html)


À l'opposé du travail acharné--posons-nous la question--qu'en est-il de celui qui n'a pas l'habitude de travailler et qui n'a pas eu l'occasion de prendre goût au travail "tripalium" ? Et si le mot "travail" lui déplaît à cause de l'aspect mécanique, répétitif et triste, remplaçons alors l'idée de travail par "mise en mouvement d'une action". 
Celui qui n'est pas habitué à actionner l'effort du mouvement ne développera pas la vertu du service, malheureusement. Ou s'il y a service, ce dernier sera très modéré, donné ponctuellement à quelques occasions. La vie de tel individu ne sera pas grandement utile aux autres. Un être humain a beau avoir du cœur mais sans mouvement concret, son cœur n'est qu'une théorie. 

Enfin, pour seul avantage d'une inactivité ou quasi inactivité, les besoins de tel individu sont réduits à tel point qu'il peut transformer son manque de travail en atout s'il a un esprit éclairé et respectueux de la vie : peu d'ambition, davantage de modestie, peu d'impact sur l'environnement, peu de besoins, davantage de consécration à l'essentiel, plus de temps pour chercher le sens de l'existence. 

Un juste milieu entre trop travailler ou pas assez ? Le mi-temps. 




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Mots-clefs:

# travail tripalium
# travailler moins, travailler mieux

3 comments:

  1. Merci Lynn de rejoindre ce noble cause. On se rejoint sur bien des aspects. De nos jours, le travail ne doit pas être considéré comme instrument de torture au service d'un groupe de prolétaires assoiffés de richesses. Dans certaines définitions du travail, j'ai cru remarquer que ce sont "des activités organisées et coordonnées par des humains en vue de produire ce qui est utile". J'aimerais savoir de quelle utilité s'agit elle en se basant sur tout ce qui se passe dans ce monde ?

    Le travail libère l'homme, est ce qu'on est vraiment libre ? De quelle liberté s'agit elle ?

    Je te rejoins en gros avec l'idée de travailler moins et travailler mieux. On aura plus de temps pour nous, afin de faire cette descente en soi et trouver le divin qui est en nous.

    On aura plus de temps de prendre soin de sa famille, de partager entre humains, de resserrer ce lien fraternel.

    Enfin on aura plus de temps pour contempler l'oeuvre de Dieu et lui remercier tous les jours tout en respectant les principes naturels établis.

    # Travaillons sur nous même.

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  2. Merci Lynn de rejoindre cette noble cause. On se rejoint sur bien des aspects. De nos jours, le travail ne doit pas être considéré comme instrument de torture au service d'un groupe de prolétaires assoiffés de richesses. Dans certaines définitions du travail, j'ai cru remarquer que ce sont "des activités organisées et coordonnées par des humains en vue de produire ce qui est utile". J'aimerais savoir de quelle utilité s'agit elle en se basant sur tout ce qui se passe dans ce monde ?

    Le travail libère l'homme, est ce qu'on est vraiment libre ? De quelle liberté s'agit elle ?

    Je te rejoins en gros avec l'idée de travailler moins et travailler mieux. On aura plus de temps pour nous, afin de faire cette descente en soi et trouver le divin qui est en nous.

    On aura plus de temps de prendre soin de sa famille, de partager entre humains, de resserrer ce lien fraternel.

    Enfin on aura plus de temps pour contempler l'oeuvre de Dieu et lui remercier tous les jours tout en respectant les principes naturels établis.

    # Travaillons sur nous même.

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    1. Quel merveilleux commentaire ! Étrange que je ne l'aie pas vu avant. Désolée pour ce délai de réponse.
      Nous sommes d'accord, la contemplation, la vie de l'âme, devraient être placées en haut des priorités.
      Quand au productivisme, il me paraît sans limite. Ceux qui créent toujours de nouveaux produits et de nouvelles filières, notamment dans des domaines de peu de nécessité, se sentent très fiers de le faire. Après tout, il faut qu'on travaille et qu'on crée des emplois, d'après la logique de la croissance infinie. Il y a des gens pour créer et diriger, et il y a des gens pour suivre. Ces derniers sont largement majoritaires. C'est ce qui fait tourner la machine folle. Et l'on se dit qu'il n'y a pas le choix. Il faut y aller à l'usine. On soutient la machine en y allant travailler et en allant ensuite acheter tout ce qu'elle vend. Et ça tourne en rond. Et le rond gonfle et s'enfle encore.
      Il nous faudrait beaucoup de rebelles.

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