Monday, 26 April 2021

Ivan Illich (1926 - 2002), un génie visionnaire


Avant de regarder Ivan Illich avec des étiquettes limitatrices en matière de diplômes et de profession, il faut en capter l'esprit. C'est avant tout un passionné de la vie, un cerveau puissant, un surdoué dont la précocité est visible dans son enfance, mais surtout un grand réaliste super-lucide. Cette qualité a par ailleurs fait de lui un transdisciplinaire d'avant-garde puisqu'il était transparent sur le lien logique entre toutes choses, tous niveaux de la Réalité, sans la couper dans des domaines de manière fractionnée et compartimentée. En cela, Illich était très singulier. 

Ses travaux sur l'école, la santé, la convivialité, l'énergie ont eu un retentissement international rayonnant sur plusieurs niveaux interdisciplinaires. Plus connu pour ses ouvrages Une société sans école et La convivialité, ses écrits et conférences ont lancé de féconds débats dans de nombreux pays. Il est, encore aujourd'hui, très apprécié par nombre d'intellectuels, d'enseignants, de travailleurs de la santé également. 

Quelles fonctions a-t-il occupé ? 

Il a travaillé dans la recherche en cristallographie, en histoire (doctorat), en philosophie, en théologie. Il parlait 12 langues dont 8 couramment. Prêtre catholique durant quelques années avant d'abandonner le sacerdoce, rebelle (par lucidité), il a été mondialement connu pour sa critique des autorités, institutionnelles sous toutes leurs formes, même ecclésiales. Il dénonçait les incohérences et fonctionnements corrompus des institutions de la société et prédisait le futur de la marche du monde avec lucidité. En effet, notre monde actuel est exactement à l'image de ce qu'il avait prévu en son temps. L'individu est devenu esclave de la machine institutionnelle globale, la personne étant donc destituée de ses fonctions relationnelles et de ses possibilités de connaissances pluridisciplinaires, utiles au quotidien. L'humain est devenu l'instrument du productivisme (qui s'assimile au capitalisme), à commencer par les savoirs scolaires vectorisées et contraints par la grande institution qui dirige la globalité humaine vers sa capitalisation marchande. Ainsi, les savoirs sont une marchandise qui fait de l'humain un objet profitable dans la machine productiviste. L'école est justifiée seulement par le maintien du pouvoir public. Mais l'humain reste pour autant peu instruit, très pauvre en vrais savoirs, ceux qui sont vraisemblablement utiles au sein même de nos existences. Il a aussi souligné le sérieux manque de temps pour les réflexions personnelles qui mènent à l'autonomie et à la responsabilité personnelle, hors de tout cadre dogmatique, et à l'expérimentation même des savoirs ou savoir-faire. 

Un exemple : la médecine est devenue tellement professionnalisée et institutionnalisée que l'individu est incapable de porter assistance à une personne gravement blessée ou malade. Ainsi beaucoup meurent parce que les gens ne connaissent pas les signes d'un cas d'urgence et qu'ils ignorent souvent les gestes à administrer. Mais aussi l'individu délègue toutes les décisions au monde professionnel et se déresponsabilise de la connaissance de sa propre santé, de son propre corps et des ressources individuelles qui permettraient de gérer certains soins pour lui-même et pour d'autres. Tel défaut d'instruction s'applique à d'autres domaines de la vie. L'ignorance gagne les sociétés. Nous pouvons aussi penser, entre autres, au manque de connaissances sur le plan individuel et groupal de répondre à une catastrophe climatique, par exemple.  

Mais surtout, pour revenir sur l'institution scolaire, Illich fait ressortir le caractère de l'école : c'est une usine. 

"L'école est l'agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est." Ivan Illich 

Concrètement, il préconisait la formation de réseaux de savoirs que les individus peuvent organiser entre eux, rendus responsables de leurs apprentissages et de la prise en charge des échanges de compétences. C'est ainsi l'inverse de l'institution qu'il qualifiait de contre-productive. Tandis que cette dernière rend l'individu passif, le principe de conscience autonome le rend actif de lui-même, donc responsable. 


Enfin, Illich a activement participé à des missions humanistes et culturelles, notamment en Amérique du sud. Par exemple la co-création du Centre Interculturel de Documentation (CIDOC), au Mexique. CIDOC est un lieu de rencontre pour de nombreux intellectuels américains et latino-américains qui réfléchissaient au problème de l'éducation et de la culture. Le centre proposait des ateliers sur des thèmes sociaux et politiques ainsi que des cours d'espagnol. Il proposait à qui le souhaitait d'apprendre autrement. Une bibliothèque prestigieuse y était mise à disposition. Via ce centre, Illich dirigeait des séminaires consacrés aux alternatives institutionnelles alors que la société devenait de plus en plus technologique, productiviste, dans sa course pour le progrès. 


Ses ouvrages les plus connus :

- La Convivialité

- Libérer l'avenir

- Némésis médicale

- Une société sans école

- Le Chômage créateur

- Le Travail fantôme

- Énergie et Équité



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