Monday, 26 April 2021

Réfléchir avec Ivan Illich - La "société des plaies et des pansements" ou le pseudo-progrès


Bienvenue sur mon blog. 
Je partage aujourd'hui un coup de cœur pour Ivan Illich et son génie. 
Ce grand Homme mérite d'être connu du grand public et non pas seulement des sphères intellectuelles. C'est pourquoi mon précédent article portait sur sa vie et son œuvre que j'ai résumées de manière concise. 
Tout en transmettant des éléments d'information sur ce visionnaire d'envergure, notamment les vidéos que j'ai appréciées, je propose aujourd'hui une réflexion qui ne s'arrête pas au concept mais qui se veut aussi pragmatique, utile et proche de la réalité que possible. Mes propositions sous-tendent l'espoir dans les humains pour l'instauration de la justice dans le monde. 
Bonne lecture et bonnes réflexions ! 


Ivan Illich

Après ma récente découverte du journaliste écrivain Jean-Michel Djian grâce à son article paru en première page du journal Ouest France le 23 avril 2021 sur un tout autre domaine, j'ai fait des recherches sur cet auteur remarquable dont la sensibilité fait écho en ma personne. C'est en quelque sorte la rencontre des esprits. 

Je découvre qu'il diffuse une riche documentation sur Ivan Illich et son oeuvre. Et c'est surtout sa façon de comprendre l'étendue du message d'Illich qui m'interpelle. Jean-Michel Djian fait partie de ces rares personnes réceptives à la globalité d'un monde, d'une personnalité, alors que bien des gens ont tendance à tout entrecouper et ne prendre d'une personnalité ou d'une oeuvre que ce qui les intéresse pour justifier leurs propres opinions sur un domaine. C'est par ailleurs, à mon sens, une posture intellectuelle quelque peu malhonnête. Si l'on aime une personnalité (ou son proche) pour son aura et son oeuvre, on la considère tout entière. On n'est pas motivé par un ego, celui-ci qui pose des filtres dénaturant le message initial, alors coupé de son contexte. Jean-Michel Djian est remarquable par une sensibilité qui s'entend très bien avec celle d'Ivan Illich, par la capacité de tout prendre de la personne sans jamais la réduire à une ou plusieurs étiquettes. Car il a capté l'esprit central. 


Je me trouve alors à nouveau face aux défis intellectuels d'Ivan Illich, duquel j'ai trois ouvrages dans ma bibliothèque. Une personnalité de génie qui m'a jadis rappelée à mes propres réflexions et propositions, comme celles que j'avais transmises au ministère de l'Education sur rendez-vous à Paris. 


Jean-Michel Djian
Jean-Michel Djian


Dans la vidéo ci-dessous, l'interview de Jean-Michel Djian révèle le génie d'une rare envergure de cette personnalité grandement lucide et visionnaire. Ivan Illich avait déjà prévu la direction que le monde prendrait et ses effets néfastes. Par exemple les individus de plus en plus déresponsabilisés depuis que tout est relégué aux institutions globales...  

Ensuite, seront affichées d'autres vidéos ainsi que mes réflexions sur ce que j'appelle la "société des plaies et des pansements ou le pseudo-progrès". 



https://youtu.be/71Db6vTwHzo


Voici Ivan Illich lui-même : 



"L'école est à la racine de la spiritualisation du capitalisme."

"On a traduit 'croissance personnelle' par 'éducation correspondant à la scolarité obligatoire', faisant de l'éducation et des savoirs une MARCHANDISE produite sous contrôle d'Etat. Or le savoir devient rare du moment qu'il devient une marchandise. C'est comme toute problématique liée aux traitements sociaux : ceux-ci sont des marchandises."  Ivan Illich 


Ma pensée corrobore les propos d'Ivan Illich. Ainsi j'ajoute


Nous sommes esclaves du système marchand. Et nous avons peu de savoirs pratiques (assister une personne en urgence vitale, etc), comme le souligne Ivan Illich qui affirme que nous ne savons pas grand-chose. Nous pouvons, avec lucidité, comprendre que l'école n'est pas suffisante pour comprendre la vie et les pratiques nécessaires au quotidien réel, puisque les savoirs sont vectorisés dans un sens restreint et contraint par l'institution publique, en vue de la marchandisation de l'individu pour la grande masse, elle-même transformée en capital. 

Globalement, en ce siècle dit "moderne", la vie humaine, de l'enfance à la vieillesse, est de moins en moins du ressort de l'humain lui-même. Il est déresponsabilisé de sa fonction naturelle pour que tout soit remis entre les mains des grandes institutions, dans une vie de plus en plus globaliste. La proximité est détériorée par un mode de vie soutenu par tous les individus qui vouent leur temps à la capitalisation de leur être pour le service marchand, consolidant encore et toujours plus l'institutionnalisation de la vie. Cette dernière devient ainsi tout à fait informationnelle, segmentée, classée, informatisée. La machine est aux commandes. La fluidité de la vie entre personnes s'appauvrit, elle se bloque. 

Enfin, l'individu se trouve dépersonnalisé : il vit dans un monde si élargi qu'il ne compte plus comme il compterait dans une famille au sens large, une communauté d'enracinement. Il n'est plus la personne singulière du groupe. L'individu nage quelque part sur une soupe gigantesque, technico-mondiale. Il devient comme un anonyme optionnel et remplaçable. Au nom du progrès infini (accompagné de la décadence humaine et de la complexification) malgré un monde fini, on ne se rend pas compte qu'on est au royaume des insensés. Dans cette folie, on n'a plus tellement besoin de la dynamique vitale de la proximité spontanée : l'humain est facilement remplacé par une diversité d'objets qui occupent l'esprit et font écran aux relations. 

On n'arrive plus à faire de sorte que le monde soit petit, relié, proche et donc simple. On est en train de perdre le sens de la spontanéité conviviale! Le lien est le sens même de la notion de Logique. Le lien entre éléments, les liens dans le Vivant et donc entre les humains. Fractionner la vie est illogique. Quand on compartimente la vie au sein même d'un système trop grand (globaliste), tout devient de plus en plus conceptuel : on casse les liens tangibles, simples et logiques, pour les remplacer par des idéaux conceptuels et abstraits. Quant au concret, la complication s'installe. 

Pour trouver un champ relationnel autour de soi, du "lien social" (terme quasi-commercial), la société dite "moderne" nous organise de manière institutionnalisée : il faudra avoir systématiquement recours à des organisations déclarées (associations, clubs payants, etc) pour créer du lien, lequel cesse d'être naturel. 

Ainsi le monde s'articule dans des boîtes! Nous pourrons même dire que ce sont des boîtes étiquetées à la superglue. 


La solution était la simplification en rendant le monde petit, dans tous les recoins du monde. Des petits mondes où la vie humaine s'articule, des sphères qui ne sont pas coupées des autres car elles communiquent entre elles. 

Nous savons tout cela mais nous ne pouvons rien. Nous nous sentons impuissants. La machine est lancée et elle s'arrêtera le jour où elle sera détruite. Et sauve qui peut!  Car en général, on va jusqu'au bout des expériences. Même dans la connerie. 


S'il y a quelque chose que nous pouvons faire, ce sont les petits gestes pour l'allègement du poids de la vie en nous soutenant les uns les autres, en commençant par le voisin, la famille et les amis. Nous pouvons apprendre à être profondément attentifs. Nous pouvons dès aujourd'hui remettre en question tout notre mode de vie consommateur, nos types d'habitations barbares, les inégalités entre les privilégiés et les pauvres, et tout ce que nos intuitions profondes nous inspireront dans la justice. 

Tout système tombe de lui-même quand on cesse de l'alimenter. Mais l'humain n'est pas doté d'une très grande intelligence adaptative: c'est un animal entêté. Ainsi il continue dans sa trajectoire jusqu'à être forcé au changement par de dures épreuves qui lui incombent. 

Admettons que le monde se fracasse bien douloureusement dans environ 80 ans, ce sera alors la possibilité d'un renouveau parce que les humains restants n'auront pas d'autre choix. Quand on n'a plus rien à perdre, l'excellence renaît de ses cendres. Nous savons bien que l'humain change plus aisément sous la contrainte. 

En attendant, la grande machine règne, devenue le dieu de notre civilisation. Le fait est que tout humain a besoin de mettre sa foi dans quelque chose pour déterminer sa raison de vivre et ses motivations. Alors il y consacre son âme. C'est en quelque sorte une foi avec ses cultes, comme celui de l'image, de soi et des autres. Il y a aussi le culte d'un matérialisme toujours croissant, l'exploitation et tout ce qui s'y rattache.  Cela pourra faire l'objet d'un thème très intéressant à développer ou à débattre: l'illusion des dogmes et cultes en tous genres dont l'individu n'a pas nécessairement conscience. Chaque ère a ses mythes. Ce que veut l'humain, c'est se remplir de quelque chose, d'un idéal, même illusoire si nécessaire. Car le vide a toujours fait peur. Il peut cependant être judicieux d'accepter le vide de l'existence pour explorer, au fond du puits de la conscience, les profondeurs de l'Être qui font notre authenticité, le vrai, le beau et le bien. 


En attendant de parvenir à choisir nos vies de manière libre, autonome et responsable, nous serons toujours les mêmes consommateurs consommés ! Sauf pour quelques minorités, l'ère Covid n'aura rien changé si ce n'est qu'elle nous aura un peu bousculés, poussés dans nos retranchements. 


Cette part de réflexion est bien positive car réaliste. 

Il serait profondément candide et naïf de dire "tout est bien dans le meilleur des mondes". L'optimisme béat serait une excuse pour fermer les yeux, alors que de plus en plus de malheureux sont perdus dans la grande soupe globaliste. Je pense par exemple aux personnes esseulées, aux personnes âgées qui sont presque systématiquement abandonnées dans les hospices (la norme appelle ça EHPAD), les peuples qui ont faim et soif, les enfants et adultes qui ont des difficultés à s'adapter à l'exigence sociétale et productiviste à cause de particularités qualifiées, souvent à tort, d'handicaps. Ce dernier point soulève un problème dû au phénomène globaliste et qui me semble bien triste : la personne est handicapée dès lors qu'elle n'a pas les moyens ou la motivation d'être assez agressive pour monter dans les rangs de la compétition du temps-travail productiviste. Pourtant, il suffit de placer telle personne dans un groupe plus restreint que celui du monde entier pour qu'elle se réjouisse d'avoir une place et d'être utile au groupe, lequel fonctionne par échange de qualités différentes et complémentaires selon les possibilités de chacun, ainsi que de savoirs ancestraux transmis par les générations. Enracinée dans la communauté, la personne si différente ne se sent pas diabolisée. 

C'est par ailleurs ainsi que certaines tribus fonctionnent. Chaque individu à sa place au sein du groupe. Quant à notre société... Elle se dit progressiste alors qu'elle crée des plaies qui ne guérissent pas, d'où la création toujours plus grande de compensations que j'appelle "pansements". C'est bien pour cette raison que la société usine du social, de l'assistanat et une pluie de médicaments pour calmer les esprits anxieux ou stressés ainsi que les maladies psychosomatiques. Bien que la mise en oeuvre de telles compensations soit alors nécessaire et respectable, force est de constater que ces politiques économiques dites "humanistes" créent des plaies tout en offrant une armée d'aides de toutes sortes qui creusent la dette publique financée par les citoyens. Cela ressemble à un fonctionnement contrebalancé par une forme de socialisme qui établit un système compensation, à savoir les dépenses colossales pour la Santé, le chômage et le handicap (ou "l'handicapisation" des personnes), tout en continuant de susciter des douleurs, des plaies. Ces pansements sans cesse renouvelés font désormais partie de la vie. Veillons donc à nous rendre malades pour soutenir les institutions. (ironie bien-sûr) 

Il était simple d'arrêter de faire saigner les âmes. Mais la simplicité n'est que l'apanage des humbles et non pas celui des orgueilleux, fiers de répandre leurs cultes. 


Ne nous mentons pas, n'excellons pas dans le déni. Soyons courageux. Soyons vrais. 


Mais qu'est-ce que la vie, après tout? La vie ne consiste-t-elle pas à la célébrer? Savons-nous au moins la contempler? N'est-il pas suffisant de nous contenter de vivre? De privilégier le bien-être de la personne et l'interaction humaine? Ne serait-il pas plus profitable de transformer le travail en une activité qui sert simplement le nécessaire vital? 


C'était là un bref aperçu de ma réflexion. Chaque point mérite de plus amples développements, lesquels je réserve à de futures publications. 



Voici d'autres vidéos que j'ai appréciées sur Ivan Illich et son oeuvre : 



https://youtu.be/-oF6ZslebXo




https://youtu.be/0AL97_wnAOQ




https://youtu.be/uYJboCFOpdY



Le site de Jean-Michel Djian

https://www.jeanmicheldjian.com/


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